Compte-rendu de Bernard LA RIVIÈRE, Enfin la laïcité, Montréal, Les Éditions XYZ, 2014.

Le projet de charte de la laïcité du Parti Québécois est peut-être mort et enterré, le combat pour la laïcité se poursuit toujours. Dans Enfin la laïcité, Bernard La Rivière examine les arguments pour en séparer le bon grain de l’ivraie.

Après un petit florilège d’arguments contre le projet de charte de la laïcité on se rend compte que plusieurs de nos intellectuels veulent avoir l’air ouverts et inclusifs. L’auteur en vient à cet ironique constant : les opposants à l’interdiction totale des signes religieux dans la fonction publique sont presque tous d’accord pour dire que l’interdiction ne devrait viser que les personnes en autorité comme les policiers et les gardiens de prison. Comme le remarque avec justesse Bernard La Rivière, « Cet argument avoue implicitement qu’il y a un impact au port de signes religieux » (p. 40). Difficile alors de dire que la présence de signe religieux dans les écoles n’a pas du tout d’impact…

Mais n’est-ce pas brimer la liberté de religion que d’interdire les signes religieux? La liberté de religion, comme toute liberté, peut et doit être limitée lorsque le bien commun l’exige. Plusieurs pays européens interdisent les signes religieux dans la fonction publique sans que l’ONU les déclare délinquants. La Cour européenne des droits de l’homme a mainte fois statué que l’interdiction du port de signes religieux dans le cadre d’un emploi dans une institution d’État fait partie des mesures nécessaires dans une société démocratique.

La laïcité, souligne Bernard La Rivière, est une philosophie politique de la religion dont le principe fondamental est la séparation complète et totale du politique et du religieux. Autrement dit, les croyances religieuses ne doivent avoir aucune influence sur le politique et aucun privilège ne doit être accordé à une personne ou un groupe de personnes en raison de ses croyances religieuses, aussi sincères soient-elles. Or, l’islamisme est par définition l’usage politique d’une religion.

Il importe de distinguer l’islamisme et l’islam. Il est raisonnable de craindre l’usage politique d’une religion par les intégristes. « [I]l y a une différence majeure entre islam et islamisme, entre musulman ou musulmane et islamiste, entre islamophobie et “islamistophobie”. Il convient de faire ces distinctions, vu le trio d’insultes si souvent servi aux laïques accusés, je le répète, d’être “xénophobes, racistes et islamophobes” » (p. 133-134).

Enfin la laïcité est un ouvrage qui a le mérite de nous faire comprendre que la laïcité est un principe démocratique avant d’être la solution à une menace. Ce ne sont pas les accusations de xénophobie, de racisme et d’islamophobie que lancent certains intellectuels qui feront mourir l’idéal démocratique d’une laïcité sans adjectif, c’est-à-dire pleinement assumée.

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