L’amour entre mâles dans la Grèce antique

Sur les coupes attiques datant de la fin du VIIe siècle jusqu’au VIe siècle avant Jésus-Christ, on retrouve souvent des scènes érotiques assez explicites entre un homme et un adolescent. On pense souvent que les Grecs valorisaient l’homosexualité. Sauf que l’homosexualité, à cette époque, n’existait pas!

Il est en effet anachronique de parler d’homosexualité grecque. Le concept d’homosexualité n’apparaît pas avant la deuxième moitié du XIXe siècle. Il s’agit alors d’un terme de psychiatrie. Dans l’Antiquité, ce qu’on appelle aujourd’hui « l’orientation sexuelle » n’avait aucun rapport avec l’identité d’un individu. Les gens se voyaient eux-mêmes à partir de leur statut social. Un individu était soit dominant (libre), soit dominé (esclave).

Dans l’Antiquité, la sexualité n’était pas une façon de se définir. Le désir sexuel avait pour origine le dieu Éros. La puissance d’Éros reste la même, peu importe qu’il unisse deux hommes, deux femmes, ou une femme et un homme. C’est toujours le même Éros qui nous touche de sa puissance. Le désir érotique est divin, il n’appartient pas à l’humain.

L’inexistence de l’hétérosexualité et de l’homosexualité chez les Grecs n’implique pas cependant que tout soit permis concernant les conduites sexuelles. Les comportements sexuels se catégorisaient en fonction du rôle sexuel (pénétrant/pénétré). Il était moralement indifférent qu’un homme adulte pénètre une femme ou un garçon, mais très mal vu qu’un homme adulte se fasse pénétrer. Pour être acceptés socialement, les couples d’hommes devaient être composés d’un homme plus âgé (l’amant qui pénètre) et d’un plus jeune (l’aimé qui est pénétré). Le pénétrant était considéré comme hiérarchiquement supérieur au pénétré, de la même façon que l’homme était considéré comme supérieur à la femme et l’adulte, supérieur à l’enfant. Une relation était aussi possible entre garçons du même âge, mais pour respecter les conventions, l’un des deux jeunes acceptait de se faire appeler le mignon de l’autre. Il était aussi possible d’être en même temps pénétrant et pénétré, mais pas avec la même personne.

Pour être bien vu, l’aimé devait feindre d’ignorer les avances de son amant et résister le plus longtemps possible à son désir sexuel. L’amant devait tenter de séduire l’adolescent en veillant à son éducation. C’était pour les jeunes Grecs le moyen d’entrer dans la vie adulte et d’acquérir les vertus d’un bon citoyen. Les conventions voulaient que la pénétration se fasse entre les cuisses du plus jeune, mais cette règle n’était pas toujours respectée, comme l’attestent les nombreuses représentations de pénétration anale que l’on peut observer sur les coupes. Le plus jeune ne devait pas tirer de plaisir physique de sa soumission au plus vieux, sinon il était considéré comme pervers. L’affection pouvait être réciproque, mais le désir sexuel ne devait être éprouvé que par l’adulte. La relation devait cesser une fois que la barbe du plus jeune avait poussé. Il était scandaleux de continuer d’offrir ses faveurs sexuelles une fois à l’âge adulte. Les deux hommes pouvaient cependant rester liés d’amitié toute leur vie.

Les relations entre femmes ne font pas l’objet de conventions socialement particulières et Platon est l’un des très rares auteurs de l’Antiquité à y faire allusion. Cette absence d’intérêt pour l’amour entre femmes s’explique en partie parce qu’il n’y avait pas à cette époque d’égalité entre hommes et femmes, mais surtout parce que la morale sexuelle n’était pas fondée sur la différence entre les sexes.

Références
Kenneth Dover, Homosexualité grecque, Éditions La Pensée Sauvage, 1980.
Sandra Boehringer, L’Homosexualité féminine dans l’Antiquité grecque et romaine, Paris, Les Belles Lettres, 2007.

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