Condamner l’islamophobie, c’est jouer le jeu des racistes

Il serait temps d’en finir avec ce paternalisme dégueulasse de l’intellectuel bourgeois blanc « de gauche » qui cherche à exister auprès de  « pauvres malheureux sous-éduqués ».

—  Charb

L’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité jeudi dernier une motion déposée par Québec solidaire visant à condamner l’islamophobie. L’islam étant souvent la religion des immigrants, critiquer l’islam est devenu, par l’effet d’un amalgame douteux, une forme d’oppression raciste. On peut pourtant critiquer l’islam et en avoir peur, sans être nécessairement antimusulmans. S’attaquer aux idées d’un individu, ce n’est pas s’attaquer à l’individu. Québec solidaire semble avoir oublié que l’association entre la critique des religions et le racisme est une création de l’extrême droite.

Dans les années 1990, l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne (AGRIF), composé de catholiques intégristes, a poursuivi le journal Charlie Hebdo à plusieurs reprises, accusant ses caricatures peu flatteuses sur le christianisme d’être du « racisme antichrétien ».

L’amalgame a depuis été récupéré par une gauche dont la pensée à épousé sans difficulté un schéma de pensée de la droite chrétienne la plus conservatrice. Par exemple, voici la définition du racisme de Michel Seymour, professeur de philosophie à Montréal et auteur de plusieurs articles publiés  au Huffington Post : « Le racisme naît de l’intolérance à l’égard de la différence manifestée par un groupe ayant une autre origine ethnique. Ce peut être une différence liée à la couleur de la peau, mais ce peut être aussi une différence de mentalité, de croyance, de religion, voire de tenue vestimentaire[1]. »

Cette définition est beaucoup trop large. On peut critiquer, voire même juger intolérable une différence manifestée par une communauté ethnique différente de la nôtre sans que cette critique conduise au racisme. Est-ce encourager le racisme que de condamner l’excision? Est-ce encourager le racisme que de condamner le voilage des fillettes? Est-ce encourager le racisme de dire qu’accepter qu’on puisse devenir citoyen du Canada en en cachant son visage encourage le racisme? Bien sûr que non! Seymour parle aussi de « la peur de l’immigrant arabe qu’on identifie tout de suite à l’Islam[2] ». C’est plutôt lui qui identifie la peur de l’islam à la peur de l’immigrant arabe pour suggérer (Seymour se garde bien de l’affirmer explicitement) l’amalgame de la critique de l’islam au racisme.

Toutes les religions doivent être sévèrement critiquées, qu’elle soit celle d’un groupe opprimé ne suffit pas pour justifier qu’on lui épargne la critique. Un occidental a autant le droit de critiquer l’islam que de critiquer le christianisme ou les cultes sataniques.

Se faire traiter de raciste pour avoir critiqué l’islam est une manœuvre d’intimidation qui repose sur la confusion entre le culturel et le génétique. Dans ce passage du manifeste des Inclusifs, nous avons un exemple des amalgames douteux que les Inclusifs sont capables de faire pour assimiler la critique des religions au racisme : « certains parmi nous portons nos divergences culturelles, ethniques et religieuses sur les traits de nos visages et la couleur de notre peau (plusieurs asiatiques sont bouddhistes, par exemple)[3]». La couleur de la peau n’est pas la marque du bouddhisme. Depuis quand la religion est inscrite naturellement dans la face? Depuis quand la religion est génétique? Il est ridicule d’insinuer que la religion est un génotype. Amalgamer la couleur de la peau des asiatiques au bouddhisme est profondément raciste.

Comment ceux qui s’opposent à la critique de l’islam font-ils pour justifier leur amalgame de la religion et de la race? En redéfinissant la notion de race, en l’élargissant au point d’y faire entrer les croyances religieuses. La race lorsqu’on parle de racisme serait une construction sociale et la religion, dans sa forme ostensible, serait une composante de cette construction sociale. Il y a des communautés qui expriment leur croyance de façon ostensible et interdire leur existence et leur représentation dans la fonction publique sous prétexte qu’elle est ostensible serait  foncièrement raciste.

Mais la race n’est qu’une construction sociale, la définition du racisme est aussi une construction sociale. La gauche adapte les définitions pour arriver à la conclusion décidée à l’avance. Pour « gagner » un débat, il suffit de contrôler la définition des concepts de base de la discussion et d’enfermer son opposant dans sa bulle idéologique. Et si, à la fin, nous ne sommes pas d’accord, on va  nous accuser de ne pas comprendre ce qu’est réellement le racisme, qui n’est pourtant qu’une construction. Si la réalité du racisme est une construction sociale, cela veut dire qu’il n’a pas de réalité objective, qu’on peut se construire une autre définition. Le racisme devient alors quelque chose de très relatif. La gauche a tellement élargit l’extension du concept de racisme qu’être raciste est rendu presque banal. Banaliser le racisme, c’est l’encourager.

Dire que la religion musulmane n’est pas une religion qu’il faut critiquer comme les autres parce que c’est la religion des opprimés est aussi ridicule et inacceptable que de dire que le judaïsme est la religion des voleurs et des banquiers. Le bourgeois intellectuel blanc qui s’indigne ostentatoirement contre la critique de l’islam se croit moralement supérieur, mais en réalité il est aussi paternaliste et impérialiste que l’Occident capitaliste qu’il rêve de contribuer à détruire en sirotant son Porto. Demander qu’on épargne à l’islam la critique et la moquerie que méritent toutes les religions parce que c’est la religion des opprimés, c’est dire que les musulmans ne sont pas des humains comme les autres, qu’ils sont tellement aliénés intellectuellement qu’ils ne peuvent pas s’émanciper des sornettes religieuses auxquels ils croient par eux-mêmes. C’est comme le dit si bien le regretté Charb, jouer le jeu des racistes.

Holy koran
Holy koran

[1] http://quebec.huffingtonpost.ca/michel-seymour/chronique-dune-derive-annoncee–catholaicite-islamophobie-et-racisme-33_b_7004742.html

[2] http://quebec.huffingtonpost.ca/michel-seymour/chronique-dune-derive-annoncee–catholaicite-islamophobie-et-racisme-_b_6926866.html

[3] http://www.faitsetcauses.com/2013/09/10/manifeste-pour-un-quebec-inclusif/

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