Djemila Benhabib contre Odile Jouanneau, un avant goût de ce qui nous attend avec le projet de loi 59

Djemila Benhabib vient de se faire accuser de plagiat, au moment même où son dernier ouvrage sort en librairie. Depuis l’invention du droit à la propriété intellectuelle, le plagiat, c’est mal. Le jugement du Conseil de presse du Québec est basé sur les versions des textes fournies par la plaignante, car ils ne sont plus disponibles en ligne. Toute une éthique de travail pour des gens qui font profession de faire la morale!

Dans sa réponse au Conseil de presse du Québec, Djemila Benhabib affirme que si elle a plagié (en fait elle dit et démontre qu’elle n’a pas plagié), c’est de façon involontaire.

Odile Jouanneau, la rédactrice pigiste qui a porté plainte au Conseil de presse du Québec affirme avoir consacré tout le temps nécessaire pour constituer le volumineux dossier pour justifier sa plainte par pur intérêt pour la vérité.

On ne peut jamais connaître les intentions réelles d’une personne. Lorsque Djemila Benhabib affirme n’avoir jamais eu l’intention de plagier ou qu’Odile Jouanneau affirme être animée par un pur amour de la vérité, on doit, pour être charitable, présumer qu’elles sont toutes deux de bonne foi, à moins que des faits ne viennent contredire leurs paroles.

Voici des faits. Sur Facebook, à la page « Spotted » du Collège de Maisonneuve, Odile Jouanneau réclamait, le 25 février dernier, des commentaires sur le communiqué de presse de la direction du collège et sur celui du syndicat (voir la capture d’écran ci-bas). Comment expliquer un tel intérêt pour la réception des deux communiqués de presse? J’ai d’abord pensé qu’en tant que rédactrice pigiste, elle était l’auteure des deux communiqués. J’ai posé la question à Odile Jouanneau à plusieurs reprises et elle m’a finalement répondu qu’elle n’avait écrit aucun communiqué. Elle ne ferait que suivre de très près l’affaire qui s’est passée au Collège de Maisonneuve (sans doute par «pur intérêt pour la vérité»). Elle écrit : « Dans la foulée de mon “enquête” internet, j’aimerais en savoir un peu plus, notamment en ce qui concerne votre avis sur la mise au point “obligée” de la direction… et que je vais partager illico sur mon FB (très indignée par le papier de Denise Bombardier “Commando musulman au cegep [sic]” ».

On comprend qu’Odile Jouanneau n’est pas d’accord avec Denise Bombardier, qui croit que le Collège de Maisonneuve est infiltré par des islamistes. Le communiqué de la direction du collège réduit des menaces à de l’impolitesse. L’accusation larvée de préjugé racial qu’on peut y lire est particulièrement vicieuse : la direction patine pour parler d’intégration et sous-entend que La Presse stigmatise les étudiants musulmans, voire simplement issus du Moyen-Orient. C’est faux : on prétend dans l’article que les intimidateurs sont islamistes. C’est une idéologie instrumentalisant l’islam qu’on soupçonne d’être à la base du climat pourri à Maisonneuve. Pas une ethnie.

Quelles conclusions peut-on tirer de tout cela? Que l’intérêt de madame Jouanneau pour la vérité est peut-être « pur », mais il n’est certainement pas le seul. Il est clair, comme l’a fait remarquer Djemila Benhabib, que cette rédactrice pigiste est la fois juge et partie : ses intérêts politiques semblent radicalement s’opposer aux intérêts militants de Djemila Benhabib. « J’espère qu’après cette décision, on se questionnera sur l’image intouchable de Djemila Benhabib ainsi que sur son discours », avoue Mme Jouanneau à La Presse[1]. En quoi être considéré comme coupable de plagiat rend sa position sur la laïcité moins valide? De plus, elle s’intéresse vivement à des communiqués qui nient l’islamisation d’un cégep et propose du coup de dénoncer Denise Bombardier pour prétendue « incitation à la haine », ceci alors que rien dans l’article incriminé de Mme Bombardier ne saurait être interprété comme incitant à quelque haine que ce soit. Nous entrons ici dans le domaine de la diffamation.

On voit ainsi à quoi servira la loi 59 entre les mains des soi-disant « inclusifs » : ils s’en serviront pour exclure de la place publique ceux qui ne pensent pas comme eux.

Le Québec va devoir s’accommoder de l’odeur des bûchers.

[1] http://www.lapresse.ca/actualites/201602/26/01-4955095-djemila-benhabib-blamee-pour-plagiat.php

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