Faut qu’on se parle du hijab!

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Le premier ministre Philippe Couillard déclarait récemment qu’aucun compromis ne serait fait par son gouvernement sur la « discrimination vestimentaire ». C’est sa façon de dire qu’il refuse d’interdire le port du hijab et d’autres vêtements ou signes religieux par les agents de l’État, même ceux qui détiennent un pouvoir coercitif comme les juges et les policiers. Cette interdiction est selon lui une discrimination injuste. Dans le même ordre d’idée, Gabriel Nadeau-Dubois juge que le débat sur les signes religieux est superficiel et qu’on devrait plutôt parler de l’intégration des musulmans. « Si on est progressiste, notre première préoccupation, c’est pour la vie des gens. La communauté [musulmane] souffre d’un taux de chômage absolument injuste et scandaleux, il faut s’y attaquer en priorité ». Bien au contraire, permettre aux agents de l’État d’afficher leurs croyances religieuses est un privilège qui n’a pas sa raison d’être et qui doit être interdit le plus rapidement possible pour assurer la paix sociale. Car si les musulmans ont de la difficulté à trouver un emploi, c’est en partie parce que les employeurs ne veulent éviter le problème d’avoir à gérer des accommodements religieux. Il faut qu’on se parle des signes religieux.

Qu’est-ce qu’un hijab?

Pour plusieurs femmes, porter le hijab résulte du choix libre et éclairé de la soumission à Allah. En arabe, le mot « hijab » désigne « ce qui sert à cacher ». La tradition du port du voile est d’origine proche-orientale. Déjà mentionné dans les lois assyriennes vers 1000 av J.-C., le port de ce voile est une « obligation pour les filles pubères d’hommes libres et interdit pour les prostituées ». Dans le Code d’Hammourabi au XVIIIe siècle av. J.-C., la femme libre, contrairement à l’esclave, porte le voile sous peine de sanctions. Un texte assyrien en fait un signe distinctif entre femme honorable et prostituée. Dans la tradition iconographique chrétienne, Marie est toujours représentée avec un voile de couleur bleue alors que Madeleine, la prostituée, est pour sa part toujours représentée tête nue. Au cours de l’Antiquité grecque et romaine, le voile remplit la même fonction de distinction sociale : soustraire la femme honorable de regards concupiscents des hommes. Cela lui permet de rester pure, donc de préserver la valeur qu’elle revêt pour son époux ou son futur époux. Derrière tout cela, il y a bien évidemment l’idée que la femme est la propriété de l’homme, une chair à mari. Paul de Tarse, un des fondateurs du christianisme, est très clair : le voile est « un signe de sujétion » (1Corinthiens, 11, 6-10). C’est l’ultime symbole de la ségrégation sexuelle. Mais comme c’est arrivé à la croix gammée au précédent siècle, le sens des symboles peut changer. Dans le Québec d’aujourd’hui, le hijab, c’est la liberté. S’inférioriser est un choix personnel.

Le sens historique d’un symbole n’est pas un choix personnel

Pour s’opposer à l’interdiction d’un signe religieux niant l’égalité entre les hommes et les femmes comme le voile, certains avancent parfois que puisqu’un signe religieux peut revêtir plusieurs significations et qu’un État laïc et neutre n’a pas pour fonction d’interpréter les signes religieux, le sens que peut avoir un signe religieux ne donne pas à l’État le droit d’interdire les signes religieux.

Il est certes possible que le voile puisse revêtir plusieurs sens. On peut toujours accorder un sens subjectif et personnel à un symbole. Pour certaines, il n’est peut-être que le symbole d’une appartenance à une communauté. Mais si le sens des symboles religieux est polysémique, il faut admettre en même temps que parmi tous les sens qui peuvent émaner du voile, il y a le sens misogyne traditionnel que nous rappelle l’apôtre Paul. C’est le sens traditionnel du voile et nul ne peut le nier. L’histoire du symbole rend son sens misogyne est présent même si ce n’est pas le sens qu’y voit celle qui porte le voile. Le sens originel du voile est , malgré la croyance subjective de celle qui le porte. La polysémie d’un symbole est indépendante de celui qui porte le symbole. Les différents sens du voile peuvent coexister, ils ne se manifestent pas à tous de la même façon, bien qu’ils soient tous réels. Les sens sont tous là en même temps, mais n’apparaissent pas à tous de la même façon. Pourrait-on porter une svatiska indienne en public sans problème en clamant qu’il s’agit d’un symbole de spiritualité hindoue? Bien sûr que non. On voit bien avec cet exemple qu’il est absurde de couper le symbole de son l’histoire. Le sens d’un signe ne vient pas nécessairement de celui qui utilise le signe, la sémantique n’est pas quelque chose de purement subjectif, sinon les signes ne seraient pas des signes. Le relativisme individualiste du sens des symboles est aussi insoutenable que si un étudiant se mettait à défendre son droit de dire qu’un mot selon lui désigne un sens que lui même lui attribue.

Même porté par des féministes libres et parfaitement autonomes dans leur soumission à Allah, le hijab nuit à l’égalité homme femme, tout comme un crucifix dans une école endoctrine. Tolérer que des femmes se voilent cause un tord social à la cause des femmes. Je crois que la présence de signe religieux dans les écoles cause un grand tort social. C’est un porte-étendard de l’islamisme, un rejet de l’héritage des Lumières et une source d’endoctrinement dans les écoles. Une femme qui se voile, même librement, banalise un instrument de ségrégation sexuelle, donc elle fait la promotion du sexisme.

Si l’on refuse à l’État la légitimité d’interpréter le sens de symboles potentiellement misogynes ou haineux, alors que l’État les interdise tous, par principe de précaution. Dans une société démocratique, la religion devrait être une affaire d’adultes vécues de façon strictement privée. La relégation du religieux dans la sphère privée est un cas de restriction raisonnable de la liberté.

Nous posons comme principe que dans un État neutre, les agents de l’État doivent apparaître neutres. Porter un symbole religieux, ce n’est pas être neutre sur le plan de la religion, et que par principe, un agent de l’État doit être neutre. L’autorisation d’afficher ses convictions religieuses dans les institutions publiques privilégie les religions qui recherchent de la visibilité. L’interdiction supprime ce privilège. Être neutre et équitable implique de traiter tous les citoyens de la même manière. Afficher sa religion, c’est donner le privilège de la visibilité à ses croyances personnelles. Ça n’a pas sa place dans une salle de classe ou au gouvernement. Le but de la laïcité est la paix des religions et des croyances; ses moyens sont la tolérance dans la société et l’abstention dans les institutions d’États (institutions communes). Donner de la visibilité à l’islam est incompatible avec le rôle d’un agent de l’État. Par définition, un agent de l’État neutre doit apparaître neutre. Il doit être un modèle de neutralité.

Protégeons nos enfants

Certains diront qu’afficher ses croyances religieuses est un crime sans victime et qu’il faudrait s’assurer que le hijab cause réellement un tort à des individus avant de l’interdire. La question de savoir si l’interdiction doit être justifiée d’un point de vue déontologique (par principe) ou conséquentialiste (en évaluant les torts causés par le voile) peut se discuter, mais nous devrions tous reconnaître qu’il faut au moins interdire le port du hijab aux personnes qui travaillent en éducation auprès de jeunes mineurs. Car un mineur n’a pas la maturité nécessaire pour comprendre la multiplicité des sens du voile et il a donc là un réel risque d’endoctrinement involontaire. Les élèves risquent de finir par voir le hijab comme un simple bout de tissu, et c’est exactement ça le danger : les enseignantes voilées banalisent une pratique sexiste aux yeux des enfants. L’interdiction des signes religieux dans les écoles et sur tous les agents de l’État s’impose, et le plus tôt sera le mieux pour assurer la paix sociale.