4 réflexions sur “Qui est François Doyon?

  1. Bonjour Monsieur Doyon,
    Merci pour vos lumières et votre fidélité à la vérité. Je vous invite à rencontrer la ministre de la justice du Québec au sujet de la loi 59 si ce n’est pas déjà fait.

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  2. Très bon texte aujourd’hui dans le Huff Post.
    Au fait, êtes-vous déjà tombé sur cet appel à la prière musulman à partir du Mont-Royal ?

    Personnellement j’y vois un message très clair à l’adresse de cette « cité pécheresse ». Le jeune chanteur serait un des étudiants de Charkaoui, parti en Syrie (peut-être de retour, je ne sais pas).

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  3. Le texte suivant ne semble plus être disponible.

    Manon Massé s’abstient de dénoncer publiquement les pendaisons d’homosexuels en Iran

    18 octobre 2014

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  4. Cher collègue,
    j’apprécie hautement votre réponse à l’article de Jean Grondin. personnellement je lui ai écrit dès que j’ai eu connaissance de son article. N’étant pas abonné à Le devoir je n’ai pas pu déposer un commentaire sur le journal québécois. Je vous adresse la lettre que je lui ai adressée personnellement par mail et à laquelle il n’a pas encore répondu, à laquelle il ne répondra sûrement jamais, ainsi que le trait d’humour grinçant que m’a inspiré son « énormité »; il fait suite à la réponse d’Hélène Tessier également parue dans Le devoir. Je pense qu’il est bon que vous en ayez connaissance. Inutile de vous dire que la connaissance que j’ai acquise de Heidegger au terme d’un travail de quarante années est totalement opposée à la sienne. Si mes réponses vous intéressent vous pouvez les utiliser librement.
    Michel Bel
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    Lettre à Jean Grondin
    Professeur de philosophie à l’université de Montréal
    4.02.2017

    Cher Monsieur Grondin,

    Je viens de lire dans le journal Le devoir du 4.02.2017 votre réponse à la question posée par ce quotidien aux passionnés de philosophie : « Peut-on défendre Heidegger ?». Quelle n’a pas été ma surprise de voir que vous vous faisiez sur le plan moral le défenseur d’un assassin, et pas de n’importe quel assassin : le plus infâme incitateur aux génocides de tous les temps. J’ai nommé le penseur du mouvement nazi et de son essence. Certes vous êtes un admirateur de Heidegger depuis longtemps. Mais tout de même ! Un peu de pudeur ! Pourquoi vous ranger dans la classe des adorateurs de Lucifer ? Je sais bien que beaucoup d’ecclésiastiques ont fait de l’herméneutique heideggérienne leur bible mais est-ce une raison pour suivre leurs errances ? A force d’« hermeneutiser » on finit par diaboliser. Et c’est le travers dans lequel vous êtes tombé.

    Comment avez-vous pu affirmer avec une innocence juvénile – car je ne veux pas croire que ce soit de la perversité de votre part – que « ce que l’on peut reprocher à Heidegger, c’est sa naïveté et son absence de sens politique », que « le tournant spirituel dont il rêvait n’était pas du tout celui que les nazis mettaient en œuvre » ? Les bras m’en tombent. On a l’impression que vous parlez sans avoir jamais lu Heidegger. Et pourtant, vous n’êtes pas né du printemps dernier, vous avez parcouru des pages et des pages de ce pseudo-philosophe qui osa se nommer lui-même « le dernier Dieu ». Je ne comprends pas. Vous avez exposé dans votre dernier texte tous les éléments éculés de la tentative de salvation du mage de Todtnauberg avancés par d’habiles contempteurs malveillants de la vérité comme un bouquiniste affiche les vieilles estampes souillées. Pourquoi faites-vous cela ? Ne me dites pas que vous croyez en ce que vous avez écrit. Je ne pourrais pas adhérer un seul instant à un tel propos. J’ai besoin d’une explication. Que vous ayez été trompé par les propos de Heidegger en le croyant sincère, comme beaucoup d’autres professeurs de philosophie, je veux bien l’admettre. Mais qu’aujourd’hui vous preniez la défense de sa vision et de sa pratique phénoménologique de l’histoire en affirmant qu’il a été naïf et qu’il a manqué de sens politique, est une position qui me sidère.

    Connaissant sa position nazi de 1933 et de 1935, réitérée en 1953, et ses propos antisémites de 1916 à 1976 comment pouvez-vous dire : « Oui Heidegger a été nazi et antisémite, du moins jusqu’à un certain point qu’il nous faudra préciser » ? Quel est ce « certain point » et de quel droit l’introduisez-vous ? Certes l’investigation a toujours droit à l’examen critique mais aujourd’hui l’investigation est en présence de faits irréfutables et l’on ne peut prendre la défense de Heidegger qu’en minimisant ou en passant sous silence des réalités insoutenables comme cela a été fait depuis soixante dix ans et plus. Dans votre rubrique « Qui est Heidegger ? » vous dressez un catalogue des raisons qui doivent, ou plutôt, qui devraient, nous conduire à reconnaître sa valeur. Que dis-je ? Sa grande valeur. Elles sont au nombre de huit et chacune d’elles repose sur un contre sens.

    Vous dites que Heidegger fut « l’un des grands et des plus influents philosophes du XXème siècle ».
    Je relève d’ores et déjà trois idées fausses qui appartiennent aux registres de la langue de bois, c’est-à dire des mythes qu’on tente d’inculquer à tous les peuples de la terre.

    Première idée : « un grand philosophe » ? NON. Heidegger n’est pas un philosophe. Il n’en a que l’apparence. Encore moins, un « grand philosophe ». Qui a lu attentivement son œuvre publiée jusqu’à ce jour, se rend compte que le traitement qu’il fait subir à l’histoire de la philosophie et à tous les philosophes, notamment à Descartes, à Kant, à Aristote, à Platon, voire aux fragments d’Anaximandre et d’Héraclite relève de la plus abjecte sophistique. Je n’en veux pour preuve que la dénaturation qu’il fait subir à l’impératif catégorique de Kant dans son cours sur l’essence de la liberté pour le transformer en socle fondamental de l’impérialisme génocidaire nazi. Le renversement des valeurs qu’il pratique dans son cours sur Schelling : « le bien c’est le mal, le mal c’est le bien », et ceci en 1936, relève de la plus abjecte abomination. Il conditionne les recrues qu’il prépare pour la guerre à venir, depuis sa chaire de professeur d’université, contre la Pologne catholique, contre la France considérée comme l’ennemie héréditaire, et ensuite contre la Russie soviétique. Et que dire du clivage qu’il établit entre l’homme et l’animal, le premier étant doté du projet de « monde » élaboré par Heidegger, le second étant « sans monde », classification qui vise dans l’esprit de l’époque, – notamment dans celui de Theodor Fritsch conformément au monument qui lui a été dédié représentant le Juif sous la forme d’un crapaud -, non pas l’animal à proprement parler mais le peuple juif en totalité. Nous l’apprendrons clairement de la propre voix de Heidegger dans le discours de 1949 intitulé Regard sur ce qui est, lorsqu’il évoquera pour les Juifs, le fait de périr et leur refusera la signification de l’acte de mourir, dans les fours crématoires, c’est-à-dire, dans leur anéantissement par l’industrie de la fabrication des cadavres que le « guide » qu’il a établi pour diriger le peuple allemand leur impose en tant que leur « loi présente et future ».

    Deuxième idée : « un des plus influents philosophes ». NON. Si Heidegger a été « influent » ce n’est pas en tant que philosophe c’est en tant que sophiste, en tant que le plus influent sophiste de tous les temps et pas seulement du XXème siècle. Heidegger a été le plus grand antiphilosophe que la terre ait porté, le plus pernicieux « allosophe ». Celui qui a voulu d’abord se faire reconnaître comme le plus grand philosophe jusqu’à ce qu’il exige pour finir qu’on lui refuse ce qualificatif afin qu’on le reconnaisse comme « penseur ». A côté de lui Calliclès et Gorgias, pourtant fortement critiqués par Platon, ne représentent rien. Ce sont des poussières emportées par le vent.

    Troisième idée : « un des grands et des plus influents philosophes du XXème siècle». Ni « un des grands philosophes du XXème siècle», ni « un des plus influents » mais le plus pervers antisémite et le plus pervers antichrétien de toute l’histoire de l’humanité. Voilà ce que cache cette langue de bois que vous utilisez pour intoxiquer gravement vos lecteurs et vos auditeurs. Votre double affirmation dissimule le plus affreux mensonge par omission que les philosophes aveuglés par la brillance du style heideggérien colportent depuis le discours tenu par Jean Lacroix en 1976. Et cette double affirmation mensongère, ce double panégyrique est bien la troisième idée fausse bien que, moins visible que les deux autres, contenue dans votre entrée en matière aussi tonitruante que dogmatique. Heidegger ne fut ni « grand », ni « philosophe », ni « influent » en tant que philosophe. Mais il fut, en revanche, influent en tant que vecteur du « mal absolu » et, en cela, il fut, hélas ! le plus grand. Car qu’a fait Hitler, subjugué par cet idéologue paranoïaque ? Rien d’autre que réaliser dans l’histoire concrète le « projet historial » conçu par Heidegger. Pour passer de son « regard phénoménologique » pan germanique à sa concrétisation dans l’histoire, – ce qu’il nomme sa « mise en pratique », -Heidegger en tant que nouveau Méphisto avait besoin d’un nouveau Faust. Il le trouva, il le forma, il le dirigea.

    Si influence réelle de Heidegger il y a eu, c’est celle-là et aucune autre. Seulement cette influence-là vous fait peur alors vous préférez vous bander les yeux plutôt que de la regarder en face.

    Qui peut, en droit, nommer guide politique un personnage du commun, pour une grande part simplet, qu’il a tenté de métamorphoser en homme historique, si ce n’est le maître qui a formé son disciple à cette fin ? Du même coup qui fait preuve de naïveté ? Ce n’est pas Heidegger, c’est vous et tous ceux qui, avant vous, ont lancé dans l’espace idéologique l’idée que vous reprenez aujourd’hui pour tenter de disculper Heidegger, voire, comme François Fédier, de le sanctifier. Chercher à séparer intellectuellement le nazisme, (l’histoire concrète, – « l’application ») de sa source (le « projet » heideggérien, – le « regard phénoménologique »), est peut-être une tactique habile pour blanchir un crime de cette envergure mais on ne gagne rien à vouloir nier la réalité si ce n’est à passer in fine pour un complice du criminel génocidaire. (Sur cette question voir Questions IV, Phénoménologie et pensée de l’être, 1963, p. 168). Cette tentative de coupure est d’autant plus scandaleuse qu’elle prend le contre-pied de l’aspiration de Heidegger à la mise en œuvre concrète de son projet historial, aspiration clairement manifestée depuis 1916, époque à laquelle il s’était déjà pleinement radicalisé comme le prouvent les lettres à Elfride écrites à cette période. Que s’est-il passé exactement en Allemagne de 1919 à 1945 ?

    Le véritable chef d’Etat secret a fait accomplir le génocide par son chancelier, en parvenant à métamorphoser l’accomplissement de son intention personnelle perverse en crime d’Etat, crime pour lequel il chercha à donner l’illusion de n’avoir aucun rapport bien qu’il l’ait commandité, pour se protéger des « retours de bâton » possibles. Pour comprendre l’ascendant exercé par Heidegger sur Hitler, il faut voir, à ce sujet, les propos d’Hitler dans Mein Kampf lorsque ce dernier évoque les « coureurs de Marathon de l’histoire. La division du travail a été tellement bien effectuée dans l’entreprise pan-germanique d’élimination, d’anéantissement et de reconstruction que le chancelier a donné l’impression d’agir seul, de sa propre initiative alors que son maître, en bon marionnettiste, profitant des leçons de Kleist, tirait les ficelles dans l’ombre en veillant à garder continuellement le secret soigneusement à l’abri. (Cf. « Sérénité » et « Johann Peter Hebel, l’ami de la maison », Questions III, 1966). Nous avons à faire ici à une psychose à deux dans son expression la plus parfaite, tellement parfaite qu’elle a dupé tous ceux qui n’étaient pas « dans le coup », tous ceux qui n’étaient pas « engagés » en pleine connaissance de cause « au bâti de l’œuvre ».

    Oui Heidegger a été réellement influent, mais pas de la manière dont vous l’évoquez. Car qu’évoquez-vous comme influence ? Des effets de bavardage que vous qualifiez d’« avancées philosophiques ». « L’existentialisme de Sartre et Camus ». Un contre sens radical. « L’herméneutique de Bultmann, Gadamer et Ricœur ». Quel rapport réel y a-t-il avec l’intentionnalité heideggérienne ? Et si rapport il y a, alors leurs discours sont monstrueux. « la déconstruction de Derrida ». Une illusion de compréhension et surtout un dédouanement né des « politiques de l’amitié ». « La généalogie de Foucault ». Elle aussi est née d’une méprise à la lecture de certains écrits de Heidegger, méprise que Foucault a vite rejetée dès qu’il s’est rendu compte de la voie dans laquelle elle l’aurait engagé s’il avait continué de la suivre.

    Vous avez parlé ensuite de « penseurs d’horizons les plus divers qui se sont inspirés de sa pensée dont aucun n’a jamais renié sa dette si tous ont eu à le critiquer, Steiner, Finkielkraut, Rorty, Vattimo, Marion, et Taylor » », y compris ses élèves juifs « Strauss, Löwith, Marcuse, Anders, Jonas, Levinas et Hannah Arendt». Cet amalgame est insoutenable. L’effet de bourrage ici réalisé ne correspond en rien à la réalité. Les penseurs endoctrinés et les critiques radicaux ne sont pas à mettre dans le même panier. C’est comme si vous disiez : « nous avons tous subi l’influence d’Hitler ». Bien sûr que nous avons subi cette influence mais comment ? Votre discours ne veut rien dire. Entre suivre en pleine conscience, être illusionné et subir il y a une différence. Et ce sont justement ces différences que vous gommez. Auquel cas votre amalgame est totalement sans valeur. Tout événement provoque des réactions. Heidegger en a provoqué. C’est normal. De là à parler d’influences positives, il y a un gouffre difficile à franchir.

    Après avoir évoqué de grands courants de pensée et des impacts sur des personnalités aussi diverses que disparates (Hannah Arendt et Jonas, Günther Anders et Gadamer) rapprochements assez troublants, vous évoquez l’impact sur « le citoyen moyen ». Nous en venons-là aux prétendues influences durables et profondes à commencer par « l’éthique de l’authenticité ». Il faut d’abord rappeler que cette « éthique de l’authenticité a vu le jour dans les journées allemandes de la jeunesse en 1913, que Heidegger l’a trouvée ainsi exprimée dans des groupes essentiellement d’extrême droite qui s’étaient rassemblés sur le Hohe Meissner, et qu’il a tenté ensuite d’exploiter ce concept à son profit. Alors dire qu’il en est l’auteur, c’est un peu fort. Que la formulation de cette éthique ait eu un ascendant sur les jeunes, c’est certain. Mais l’usage qu’en a fait Heidegger est très différent de ce que les jeunes Allemands en faisaient dans leur rapport avec leurs parents, avec la nature et avec les institutions. Non Heidegger ne fut pas un des premiers à développer cette éthique dans Être et temps comme vous le dites. Il a simplement récupéré une enveloppe conceptuelle et l’a mise au service du racisme génocidaire qu’il s’est complu à développer et à diriger en proposant aux Allemands Hitler comme guide.

    Quant à la critique de « l’hégémonie de la pensée techno scientifique » dont vous prétendez qu’elle doit beaucoup à sa « deuxième pensée », nous en reparlerons. Les lettres à Elfride prouvent que Heidegger était très fier de la technique de guerre allemande. Et le discours de rectorat ne fait que renforcer ce point de vue en mettant en évidence l’essence de son point de vue politique : « le service des armes ». Alors dire que Heidegger a fait la critique de cette hégémonie n’est qu’un grossier contre sens dû à des lecteurs non attentifs ou délibérément avides de contre vérités. Où voyez-vous « la recherche d’un rapport moins agressif à l’être » quand après la défaite de 1945, il publie dès 1953 son cours sur l’introduction à la métaphysique suivi en 1961 de ses cours sur Nietzche qui sont un appel à la violence et à l’extermination comme expressions de « la plus haute justice » ?

    Après l’échec de la mise en œuvre sous forme de guerre totale de son projet belliqueux, mise en œuvre par laquelle il déclenchait une nouvelle « guerre » de « Dionysos contre le crucifié », appeler à une reprise du « combat pour l’être » ne fait que réitérer la volonté de guerre absolue qu’il avait inaugurée en plaçant son discours de rectorat sous l’égide de Clausewitz et son cours sur Schelling sous celle de Scharnhorst. Belle illustration, en effet d’un rapport moins agressif à l’être ! Prenez-vous les lecteurs pour des idiots, monsieur Grondin, même si certains d’entre eux et non des moindres se complaisent à l’être ? Pourquoi Heidegger aurait-il réintégré ces textes odieux dans la Gesamtausgabe s’il ne voulait pas faire un nouvel appel à la violence de la guerre et à l’extermination de tout le peuple Juif et de tous les prétendus ennemis qui gênaient l’apothéose de son pangermanisme antisémite comme le prouve encore, par surcroît, la publication dans la même Gesamtausgabe des nombreux tomes des Cahiers noirs ?

    Quant à dire que « tout l’écologisme découle de la critique de l’hégémonie de la pensée technoscientifique » censée être produite par Heidegger, c’est une contre vérité monstrueuse qui n’a même pas besoin d’être réfutée tellement elle est absurde pour qui connaît un tant soit peu les origines des thèses et des positions écologiques. Comme vous sentiez toute l’énormité de votre thèse il vous fallait évidemment vous en prendre aux « inquisiteurs » qui selon vos investigations sérieuses « soupçonnent trop vite un écho à l’idéologie du terroir et du sang des nazis » alors que Heidegger aurait voulu « éviter une dévastation de notre bonne vieille terre », « attaché » qu’il était « à cette idée de terre qu’il entend à partir de Hölderlin ». Mais Monsieur Grondin vous semblez oublier que Goering et Hitler étaient aussi attachés à la terre et se présentaient comme les défenseurs de la cause animale, ce qui ne les empêchait pas d’envoyer des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, dans les fours crématoires et les fosses communes, ces fours crématoires que Heidegger appelait « les fours du boulanger » et auprès desquels il aimait à se chauffer, disait-il, en prétextant une référence certaine mais hypocrite à Héraclite d’Ephèse. On peut vouloir à la fois la grandeur de la Germanie, le charme de la nature et l’extermination de tous les ennemis intérieurs et extérieurs comme Heidegger le clamait en 1933 dans ses cours pompeusement dénommés « Être et vérité ».

    Quant à ces prétendus « inquisiteurs » qui ne font que révéler la vérité de celui devant lequel vous semblez être en adoration, qui sont-ils ? Vous ne les citez pas. Vous auriez trop peur qu’ils vous répondent ou que les gens les lisent et finissent par se rendre compte, citations à l’appui non déconnectées de leurs contextes, que vous dites des énormités qui ne peuvent satisfaire que des ignorants adeptes d’une crédulité inguérissable. Et naturellement sur ce point vous enfoncez le clou en disant : « Sur ces questions comme tant d’autres, dont la prise de conscience de l’ampleur du nihilisme auquel semble aboutir notre culture, Heidegger reste un maître exceptionnel qui influence jusqu’à ses dénigreurs, nombreux, et d’autant que le succès d’un penseur dont on sait qu’il fut nazi en irrite avec raison plus d’un ».

    Monsieur Grondin ces propos ne sont pas dignes d’un philosophe. Vous répandez sur vos lecteurs un brouillard idéologique qui n’a d’autre effet que de les endormir et de les tromper en passant sous silence toutes les déclarations internes à l’œuvre globale de Heidegger en vous contentant de casser du sucre sur le dos de prétendus dénigreurs qui seraient, cela va de soi, bien sûr, éminemment malveillants. Vous insistez sur la « rareté » dans les Cahiers noirs « des textes où affleure », dites-vous, « un certain antisémitisme ». Minimiser par un constat de quantité des textes d’une éminente noirceur morale, noirceur qui n’est qu’une amplification de la négation de l’impératif catégorique de Kant puis l’exacerbation du commandement de la « plus haute justice de Nietzsche » à savoir, « construire, éliminer, anéantir », relève de la sophistique la plus abjecte car ces deux réalités ne sont pas du même ordre et vous le savez très bien. L’essence d’un phénomène est quantitativement moins importante que la dimension d’un phénomène dans sa globalité, à savoir, ici, le nombre de volumes de la Gesamtausgabe, mais c’est elle qui imprègne le tout et qui le détermine.

    L’antisémitisme radical de Heidegger a non seulement imprégné tout son projet mais il a encore déterminé toute sa mise en œuvre historiale. Mise en œuvre annoncée ouvertement dès la publication d’Être et temps à la faveur d’un impératif d’action et d’une litote : « Pouvoir passer dans la pratique, c’est désormais la justification par excellence de toute science. Mais la mise en pratique des mathématiques n’est pas la seule. Le but pratique que poursuit notre point de vue est pédagogique au sens le plus large et le plus profond du mot. Il est l’âme de toute vraie philosophie et la vérité de Platon et d’Aristote ». (§77, NRF, p. 467). Il faudra attendre 1933 pour apprendre que la mise en pratique visée était l’anéantissement de « l’ennemi intérieur ». Anéantissement qu’il avait programmé sur le long terme. Alors je vous en prie, Monsieur Grondin, ne faites pas comme si vous ne le saviez pas.

    Quant à dire, comme vous le faites encore, que Heidegger fut « dupe de la démente propagande de guerre qui présentait Hitler comme un leader qui cherchait la paix », propagande qui forçait à se battre « contre la juiverie mondiale » contraignant à « sacrifier le meilleur sang de notre peuple » (GA 96, 262), c’est avancer un argument qui ne tient pas une seule seconde quand on sait que le génocide a été préparé et organisé sur le long terme par Heidegger afin de mettre en place son règne de nouveau dieu. C’est-à-dire lorsque l’on sait que la réalisation du nazisme n’est rien d’autre dans son essence et dans son existence que la mise en œuvre du projet politico religieux de l’idéologue Heidegger, planifié sur la longue durée.

    Monsieur Grondin, tout cela vous le savez alors pourquoi continuer de mentir par omission ou en faisant usage de faux semblants, feignant de laisser croire à vos lecteurs que Heidegger n’a fait que reproduire en les tenant pour vrais les textes de propagande qui constituaient la seule version de la vérité des faits à laquelle il avait accès ». Que vous preniez vos lecteurs pour des ignares c’est peut-être ce que vous considérez comme votre droit mais que vos lecteurs restent des sots, ce n’est nullement pour eux une obligation. A qui tenterez-vous encore longtemps de faire prendre des vessies pour des lanternes ? Cela ne vous honore pas. Pas plus que ne vous honore le fait de dire que « Heidegger a été victime de la puissante propagande nazie [ambiante] et de son propre aveuglement au sujet de la révolution dont l’Occident aurait besoin ». De qui vous moquez-vous en disant cela ? Car vous savez parfaitement que c’est lui qui a décidé de réaliser « la révolution sans retour » (Solstice d’été 1933).

    Et voilà que vous allez nous faire pleurer en disant qu’« il faut tenir compte de cette situation de détresse quand on condamne aujourd’hui Heidegger depuis le confort de nos écrans d’ordinateur ». Et pour finir vous allez même nous attendrir sur le sort de ce « pauvre homme » qui n’aurait pas eu « le privilège d’accéder à plusieurs sources d’information » contrairement à nous qui en avons tant aujourd’hui, en nous appelant à la plus profonde compassion par ces mots calqués sur les paroles du Christ : « Que celui qui n’a jamais été victime de la propagande dans un régime totalitaire et meurtrier lui lance la première pierre ». Vous devriez au contraire avoir honte de dire cela et venir à genoux, demander pardon pour votre cynisme, aux Juifs, aux Tsiganes et à toutes les victimes du projet criminel heideggérien, assassinés ou blessés de toutes les façons, par le plus ignoble commanditaire de génocides de l’histoire. Oui, demander pardon à tous les martyrs de la guerre et de l’holocauste pour les louanges que vous avez l’impudeur d’adresser au plus abject psychopathe des Temps modernes Martin Heidegger, du haut de votre autorité prétendument philosophique.

    Qui a poussé Hitler, ce minable autrichien frustré, à faire ce qu’il a fait si ce n’est son mentor qui, ayant acquis sur lui un immense ascendant, l’a transformé par un conditionnement subtil en un bourreau fanatique « avançant avec l’assurance d’un somnambule sur le chemin qu’avait tracé pour lui » sa nouvelle « Providence », c’est-à-dire pour le mettre au service de l’orgueil démesuré de Heidegger et de son désir de vengeance inassouvi continuellement réitéré. (Cf. dans Nietzsche I, l’éloge de la lucidité de la haine, NRF, p.50-51).

    Le guide « allosophe » d’Hitler a même poussé le luxe du raffinement satanique jusqu’à nous laisser des « chemins » appelant à la grande criminalité pour qu’on les suive afin de terminer son œuvre de libération et de salut, interrompue par les Alliés en 1945. Modèle de Karl Moor oblige. Sans oublier Leo Schlageter dont il fit l’éloge durant la période de rectorat avant de se retirer en 1934 pour ne pas paraître impliqué dans la nuit des longs couteaux dont le cours sur la logique en tant que question en quête de la pleine essence du langage nous montre qu’il fut le commanditaire. Mais il faut garder le secret, disait-il, et ne jamais oublier que « la présence du maître dans son œuvre est la seule présence authentique. Plus un maître est grand et plus complètement sa personne disparaît derrière son œuvre ». (Questions III, p. 162). Et Heidegger a effectivement disparu derrière son œuvre qu’est le nazisme. D’autant plus disparu qu’il a poussé le cynisme jusqu’à dire qu’il avait « sous-estimé ce mouvement » alors que dans le même temps il se présentait comme son « essence » et glorifiait sa « grandeur » dans son « introduction à la métaphysique ». Ne tardez pas à présenter vos excuses aux victimes et aux familles des victimes, Monsieur Grondin. Elles le méritent car elles seules ont su véritablement ce qu’était « le régime totalitaire et meurtrier » de Martin Heidegger en tant que Führer du Führer !

    Michel Bel
    michel.mb@wanadoo.fr
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    Jean Grondin est-il naïf, joue-t-il au naïf ou est-il carrément pervers ?

    La position de Jean Grondin diffusée le 4 février 2017 dans le journal québécois Le Devoir est sidérante. Comment peut-on aujourd’hui, en 2017, après tout ce que les chercheurs attentifs nous ont appris sur Martin Heidegger, prendre la défense de ce dernier comme le faisait le bourgeois Orgon, dans la pièce de Molière, pour le personnage de Tartuffe ? Jean Grondin n’est pourtant pas né de la dernière pluie, alors pourquoi cet abaissement allant jusqu’à franchir la barrière qui sépare un universitaire sensé de l’attribut du ridicule. Jusqu’ici on pensait que François Fédier était monté sur la plus haute marche du podium de l’aveuglement obstiné, mais avec Jean Grondin le record est battu. Comment peut-on se rendre stupide au point de défendre l’indéfendable ? Elvire, femme d’Orgon, était enfin arrivée à ouvrir les yeux de son mari, niais s’il en fut, quand ce dernier plaignait de tout son être le « pauvre homme » qui lui dérobait hypocritement tous ses biens. Hélène Tessier qui vient d’adresser à Jean Grondin une critique bien méritée pourra-t-elle aujourd’hui jouer avec succès le rôle d’Elvire?

    Après avoir écouté Grondin on verserait des larmes sur le sort de ce pauvre Heidegger dont le jugement sur les nazis aurait, selon le professeur québécois, été induit en erreur parce qu’il n’avait pas de récepteur de télévision à sa disposition. « Le pauvre homme ! ». Lui qui fit mourir par sa prédication des millions de Juifs et de Tziganes devrait être l’objet de notre compassion et recevoir toute notre commisération au lieu de se voir vilipendé par certains philosophes. « Le pauvre homme !». Lui qui envoya des milliers d’étudiants combattre jusqu’à ce que mort s’en suive sur les champs de bataille de Russie, de Grèce, de Norvège, de Belgique, de France, d’Afrique du Nord serait donc à plaindre : « Le pauvre homme ! ». Lui qui demanda aux étudiants, dès 1930, de préparer les bûchers afin de porter l’« anéantissement » « à son efficace » n’aurait même pas droit à une compréhension approfondie ! « Le pauvre homme ! ». Lui qui décida en toute lucidité que les Juifs seraient ses ennemis et qui organisa leur anéantissement en le planifiant sur le long terme, devrait recevoir l’hommage de notre plus profonde sympathie au lieu d’être sauvagement décrié. « Le pauvre homme ! ». Lui qui commanda en 1942 la mise à feu des bûchers qui, à cette date, n’étaient plus des autodafés de livres, mais bien l’holocauste des êtres humains qu’il qualifiait de « bois approprié et choisi», opération qu’il désignait sans vergogne par le terme de « corvée de bûches », devrait mériter pour sa gratification, notre plus haute reconnaissance. Et le voilà trainé dans la boue par des critiques malveillants : « Le pauvre homme ! ».

    Lui qui fit reconnaître Hitler en 1933 comme le guide, la loi actuelle et future du peuple allemand, et fit évacuer dix ans plus tard par ce même guide les ghettos qu’il avait édifiés à Varsovie et dans les territoires de l’Est, pour envoyer à la mort les Juifs affamés qu’il y avait parqués,… lui qui se réjouissait, en 1943, de voir conduire aux fours crématoires, par wagons entiers hommes, femmes et enfants, dont il avait demandé l’anéantissement complet en 1933, pour réaliser le « retour aux Grecs », en ne cessant de clamer : « C’est la joie ! », méritait bien qu’on lui décerne le titre honorifique de « philosophe platonicien, libérateur » au lieu de le vouer aux critiques acerbes des « plumitifs ». « Le pauvre homme !» Après la défaite de sa guerre dionysiaque déclenchée contre les Juifs et contre la mentalité « judéo-chrétienne » que fit-il encore? Il appela ses compatriotes à reprendre le conflit armé qu’il nomma en 1953 « le combat pour l’être » afin d’achever le travail qui avait été interrompu par la capitulation. Et on ne reconnaitrait pas sa valeur ! « Le pauvre homme ! » Enfin, au terme de sa vie après avoir été jugé non responsable par ses compatriotes, en dépit des effets criminogènes absolument monstrueux de sa prédication, après qu’il eut fait réaliser tant de crimes pour instaurer son règne en tant que « dernier dieu » de l’histoire de l’être , savez-vous ce qui lui arriva ? Il mourut tranquillement dans son lit. «Le pauvre homme ! ».

    Vous comprendrez bien, sachant cela, qu’il faut plaindre ce penseur, – non, ce « pauvre homme » – qui s’était donné tant de mal pour anéantir tous les Juifs afin d’empêcher « le déracinement de l’Occident ». Le plaindre également pour avoir dans le même temps lutté de toutes ses forces contre les Alliés ligués contre lui et contre le Dasein germanique. Comment ne pas plaindre ce « généreux pseudo philosophe » conscient de la dégénérescence de la race germanique qui fit un holocauste de tous ses prétendus ennemis afin d’être reconnu comme le seul grand et véritable Sauveur de l’humanité ? Entendons nous bien, non pas de l’humanité dans sa totalité mais de la seule « germanité » qui, selon ses dires, aurait sans son intervention été promise à une mort certaine! Et vous refuseriez de plaindre cet homme si compatissant ! Mais ce serait un crime contre l’humanité de ne pas le faire. Car il était si bon !

    Alors tous ceux qui s’élèvent contre Heidegger et qui ne cessent de répandre des mensonges et des calomnies à son sujet mériteraient qu’on leur mette la corde au cou ! Sachant que si Hitler a fait anéantir cinquante millions de personnes directement et indirectement c’est bien parce que Heidegger, qui avait un fort ascendant sur cet esprit simplet et fanatique, l’avait fait accéder au grade de chancelier pour le mettre à son service. L’ayant ainsi placé au plus haut sommet de l’Etat avec l’aide de son ami Carl Schmitt, il lui commanda d’agir de la sorte pour accomplir son « œuvre d’art » nationale, en utilisant pour donner ses ordres, grâce à une entente secrète avec lui, certains vers préalablement sélectionnés tirés des poésies de Hölderlin appropriés aux décisions prises, comme les Alliés utilisèrent « les sanglots longs des violons » de Verlaine pour réaliser le débarquement en Normandie.

    Mais cela il ne fallait pas que ce soit connu. Heidegger pour pratiquer sa vengeance, la haine qu’il a hautement valorisée, et son appétit immodéré de grandeur, est resté toute sa vie protégé par l’ombre du secret et a vécu, derrière le paravent protecteur d’Hitler, selon le principe d’Epicure qu’il chérissait: « Vis caché ». Après avoir fait conduire la guerre planétaire et l’anéantissement par son Faust il attendait sa glorification et son triomphe dans sa nouvelle capitale Germania devenue, grâce à lui, « un cœur sacré des peuples ». L’idéaliste passionné Heidegger faillit réussir le coup de force qu’il projetait : devenir grâce à sa volonté de puissance, le Prince de ce monde. Ah ! Oui vraiment, « le pauvre homme ! » Quand on pense qu’il n’a même pas pu se voir auréolé de gloire pour avoir sauvé son peuple de la perdition à laquelle il était destiné lui qui était de la race élue. Quel scandale, tout de même ! « Le pauvre homme ! » On lui aura vraiment tout fait subir ! Et dire qu’on lui reproche même de n’avoir pas eu un mot de compassion pour le sort qu’il a réservé au peuple juif. Mais comment le Sauveur génocidaire aurait-il pu en avoir ? Personne ne peut aimer le mal qu’il éradique en toute connaissance de cause. Ce serait absurde. Voilà Monsieur Grondin l’homme que vous nous appelez à défendre et à glorifier. Ah ! Oui vraiment, « le pauvre homme ! ». Un pauvre type, oui! Est-ce de la naïveté de votre part, de la rouerie, du cynisme ou de la perversité ? Une réponse s’impose. Vous n’avez plus le droit de garder le silence sur la réalité de vos intentions.

    Michel Bel, 16.02.2017
    michel.mb@wanadoo.fr

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