J’ai honte de Fierté Canada Montréal 2017

Je suis un homme homosexuel allergique à la moindre manifestation d’homophobie, mais je n’ai pas participé aux festivités organisées par Fierté Canada Montréal 2017. La soumission des organisateurs à la rectitude politique et leur participation aux dérives liberticides de la gauche étasunienne m’ont complètement dégoûté.

Je m’explique. 

Une pratique ségrégationniste

Le 15 août 2015, suite à une intervention policière sur le site de Fierté Canada Montréal 2017 pour possession de drogues, nous pouvions lire la déclaration suivante sur la page Facebook de l’organisme :

« Nous tenons à faire une publication afin de rétablir les faits sur les évènements regrettables d’hier soir au parc des Faubourgs. À l’heure où la marijuana est sur le point d’être légalisée, deux patrouilleurs du SPVM sont entrés dans l’espace sécuritaire pour les personnes racisées [sic] pour interpeller une personne en possession de cannabis. Elle a été amenée à l’extérieur du site pour être questionnée. La direction de Fierté Montréal est intervenue auprès du SPVM pour défendre les droits de la personne interpellée. Après une heure de discussion, elle a été libérée, sans qu’aucune accusation ne soit déposée. Nous nous sommes assuré [sic] de son bien-être après cet incident extrêmement traumatisant qui s’ajoute aux expériences quotidiennes d’oppression vécues par les personnes queer, trans et racisées [sic]. Pour entamer le processus de guérison, l’espace sécuritaire ne sera pas ouvert ce soir. Nous reviendrons en force demain, avec des conditions plus favorables dans nos espaces sécuritaires. Pour Fierté Montréal, l’intervention d’hier était excessive et elle constitue une tache dans le processus de réconciliation avec les personnes racisées [sic] LGBTTIQA2S+. Nous sommes sincèrement désolé.e.s pour ce fâcheux incident et nous nous engageons à poursuivre l’ouverture sécuritaire de nos espaces aux personnes trans, racisées [sic] et autochtones. Nous rappelons que, comme lors de nos éditions précédentes, aucun policier ne marchera dans le défilé. »

Un espace sécuritaire (safe space, en anglais) est un espace exclusivement réservé aux individus qui se sentent marginalisés pour qu’ils puissent se réunir pour échanger sur leurs expériences de marginalisation. Ces espaces se trouvent généralement sur les campus universitaires.

L’idée est de pouvoir se réunir entre victimes d’une oppression sans être exposés à des idées et à des discours qui rendent mal à l’aise.

C’est une idée horrible, qui présume que « Je dois être en sécurité idéologiquement, je dois être en sécurité émotionnellement, je dois me sentir bien tout le temps. »

Invoquer la sécurité idéologique. C’est exactement le genre de raisonnement que les dictatures utilisent pour éliminer les discours indésirables. La censure est justifiée au nom de la sécurité, de la sécurité publique ou de l’harmonie sociale.

C’est une forme d’isolement qui crée une chambre d’écho dangereuse conduisant à plus de division et de conflit.

Ce qui est probablement l’aspect le plus néfaste de l’idéologie du safe space est l’encouragement de la ségrégation et de la racialisation. On ne combat pas efficacement le racisme en pratiquant la ségrégation et la catégorisation des gens selon la couleur de leur peau. 

Révisionnisme historique 

Sur le dépliant promotionnel de Fierté Canada Montréal 2017, on retrouve la mention suivante :

« Nous reconnaissons que les terres sur lesquelles nous nous assemblons pour Fierté Canada Montréal 2017 font partie du territoire traditionnel et non cédé des Kanien’keha:ka (Mohawks). L’île connue sous le nom de “Montréal” est désignée “Tiotia:ke” dans la langue des Kanien’keha:ka. Il s’agit d’un site qui a longtemps servi de lieu de rencontre et d’échanges entre les nations, y compris le peuple Algonquin. »

Cette litanie, répétée comme un Notre Père au début de chaque événement qui veut se conformer à la rectitude politique, relève du plus pur révisionnisme historique.

Les Anishnabe contestent avec raison cette revendication mohawk. Le territoire traditionnel des Mohawks est situé dans le nord de l’État de New York. Au Québec, les Mohawks sont eux-mêmes des migrants. Les ancêtres de la population actuelle sont arrivés au Québec après la fondation de Montréal.

Le site de la communauté attikamek de Wemotaci indique combien doux étaient les Iroquois-Mohawks dont se revendiquent nos gens de la gauche régressive (et notez la provenance des Iroquois-Mohawks qui est clairement mentionnée) :

« Vers 1670-1680, une épidémie de petite vérole anéantit la tribu des Attikamègues; ceux qui survivent sont massacrés par les Iroquois, peuple conquérant venu du nord des États-Unis. »

Je conseille à ceux qui veulent en savoir plus la lecture de Les Iroquoiens du Saint-Laurent. Le Peuple du maïs, de Roland Tremblay (Éditions de l’Homme, 2006).

 

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L’attaque vicieuse de Xavier Camus contre Djemila Benhabib

Xavier Camus est enseignant en philosophie au collégial, blogueur et chroniqueur radiophonique d’actualité politique. Ancien assistant de recherche de Georges Leroux, son mémoire de maîtrise porte sur la conception du bonheur chez Aristote et il a fait des recherches doctorales sur l’utilitarisme et le perfectionnisme moral.

Dans un texte publié sur Ricochet, le média poubelle de la gauche régressive, Xavier Camus laisse sous-entendre qu’il y aurait un lien de proximité entre Djemila Benhabib et le groupe nommé « La Meute ».

Le plat dégoûtant que nous sert Camus, je dois l’avouer, me coupe l’inspiration, mais comme cela fait partie des procédés de la gauche régressive – susciter le dégoût et l’écœurement au point que l’on perde la volonté de riposter, et ce, afin que la calomnie puisse se répandre allègrement – je me dois moralement de répondre à ce triste individu.

Xavier Camus lance son attaque en affirmant que des membres de La Meute auraient été présents lors d’une table ronde sur la liberté de la presse qui a eu lieu à Montréal, le 9 mai dernier. Un événement organisé par la militante de gauche pour la laïcité Djemila Benhabib.

On constate d’emblée que le texte de Camus est bâti uniquement sur des allusions au conditionnel, ce qui laisse au lecteur une impression de culpabilité par association. Une tactique sophistique de bas étage digne des heures les plus sombres du maccarthysme.

Xavier Camus écrit : « Sur une autre photo, on peut observer Mme Benhabib, tout sourire, recevoir l’accolade de deux de ces agents de sécurité volontaires : tous les deux sont des membres de la page publique de La Meute, l’un d’eux est Farid Salem. »

Le fait est que dans la salle ce soir-là, personne ne portait le t-shirt « Kiss me, je suis un membre de La Meute ». Et Djemila Benhabib ignorait que M. Salem était membre de la page Facebook publique de La Meute.

De plus, être membre de cette page publique ne veut strictement rien dire, car n’importe qui peut en être membre, y compris plusieurs adeptes de la gauche régressive qui, dignes d’une Stasi, surveillent la Meute tout comme ils épient et traquent le moindre opposant idéologique. En effet, être membre d’une page Facebook ne veut pas dire adhésion à un groupe. Avoir cliqué « J’aime » sur la page Facebook publique de La Meute ne veut donc pas dire qu’on est membre de La Meute. Ce n’est pas une page de membres en règle.

Et a fortiori, Djemila Benhabib ne pouvait avoir aucune espèce d’idée que des gens présents ce soir-là, y compris ceux qui ont assuré la sécurité de l’événement, pouvaient avoir cliqué « J’aime» sur quelque page publique que ce soit. Le « philosophe » Xavier Camus se montre ainsi coupable d’un grave et vicieux raccourci intellectuel.

Xavier Camus continue : « si Benhabib a apprécié leurs services, alors pourquoi ne pas les enrôler à nouveau en vue du colloque du Mouvement républicain? »

Le procédé de Camus est encore une fois répugnant. D’abord, quel est le rapport entre Djemila Benhabib et le Mouvement républicain, dont, selon nos sources, elle ne connaissait même pas l’existence ? De plus, que Mme Benhabib puisse avoir apprécié ceux qui lui ont été présentés comme des bénévoles ayant assuré la sécurité et qui ne lui ont pas été présentés comme membres de La Meute, n’est tout de même pas un péché mortel, sauf probablement aux yeux des pharisaïques sépulcres blanchis de Ricochet.

Puisque les diffamateurs appliquent fort bien le principe du propagandiste nazi Goebbels selon lequel « Plus un mensonge est répété, plus il est cru », il faut donc démentir et démentir encore s’il le faut, en rappelant que personne n’est tenu de vérifier la liste des groupes Facebook auxquels sont abonnés les gens qui participent ou assistent à un événement. D’ailleurs Farid Salem, sur la page Facebook de Xavier Camus, a clairement spécifié que Djemila n’y était pour rien et n’était au courant de rien.

Après vérification auprès d’un proche de Djemila Benhabib, je peux affirmer qu’elle n’a su que quelques semaines après que des personnes ayant cliqué « J’aime » sur la page Facebook publique de La Meute étaient là, et qu’elle n’en est pas du tout enchantée. Le fait est qu’elle n’a jamais rien eu à voir, ni de près ni de loin, avec le groupe nommé La Meute. Ces personnes, répétons-le, n’étaient pas identifiées comme faisant partie de La Meute, ils n’avaient aucun signe distinctif sur eux, aucun logo ou autre. Dans les circonstances, quiconque est intellectuellement honnête aurait compris que si Djemila Benhabib avait été mise au courant, elle aurait très probablement refusé. Cela ne serait d’ailleurs guère étonnant, vu le parcours progressiste et humaniste de Djemila, une femme de gauche qui depuis toujours combat la haine et toute forme de racisme et de xénophobie, comme tous ses livres en témoignent éloquemment, de même que ses nombreuses interventions publiques.

Tel un serpent, donc, Xavier Camus agite des insinuations sournoises. Un procédé, je le disais d’entrée de jeu, dégoûtant. Laisser insinuer une association entre Djemila Benhabib et tout individu ou groupe accusés à tort ou à raison de racisme est en effet mensonger et ignoble. C’est particulièrement indigne d’une personne qui a mené des recherches doctorales sur le perfectionnisme moral.

On voit ainsi à quoi sert Ricochet : à diaboliser en vue d’exclure de la place publique ceux et celles qui ne pensent pas comme les scribouilleurs qui y déversent leurs calomnies.

Si Xavier Camus est tellement préoccupé par les misogynes, les homophobes, les suprématistes et les intolérants de tout acabit, il aurait intérêt à regarder de plus près ceux avec qui fricotent ses petits amis idéologiques de la gauche régressive, comme Gabriel Nadeau-Dubois par exemple, eux qui servent de carpettes aux islamistes qui pratiquent et propagent ici-même la ségrégation sexuelle et la haine contre les non-Musulmans.

Il importe d’ailleurs de souligner que cette même gauche régressive, qui est si tendre au cœur de Xavier Camus, est la même qui ignore et même qui méprise nos compatriotes de foi ou de culture musulmane qui combattent l’islamisme, comme par exemple le courageux Zabi Enâyat-Zâda, auteur du beau livre Afghan et Musulman : le Québec m’a conquis, dont la préface est signée par nulle autre que Djemila Benhabib.

C’est qu’il semble bien que les Musulmans opposés à la misogynie, à l’homophobie, à la haine, au suprématisme religieux, au totalitarisme, et qui prônent le progrès, la démocratie, la tolérance et l’humanisme, ça n’intéresse pas la gauche régressive dont l’organe où sévit Xavier Camus, Ricochet, n’est qu’un porte-étendard parmi d’autres.

S’il est vrai que la valorisation de la rationalité est importante pour la bonne conduite de nos vies et pour un meilleur vivre ensemble, Xavier Camus devrait faire preuve de plus de cohérence et, surtout, de plus de probité intellectuelle. Car la seule personne qui est déshonorée par le sale écrit qu’il vient de produire, c’est lui-même.

Par conséquent, que Xavier Camus, au lieu de s’acharner à trouver des brins de paille dans les yeux des autres, retire la poutre qui est bel et bien enfoncée dans son œil à lui, car « si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse ». (Mt, 15, 14).

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Liste d’études scientifiques contrôlées à double insu qui démontrent de façon concluante l’efficacité de l’acupuncture

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Faut qu’on se parle du hijab!

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Le premier ministre Philippe Couillard déclarait récemment qu’aucun compromis ne serait fait par son gouvernement sur la « discrimination vestimentaire ». C’est sa façon de dire qu’il refuse d’interdire le port du hijab et d’autres vêtements ou signes religieux par les agents de l’État, même ceux qui détiennent un pouvoir coercitif comme les juges et les policiers. Cette interdiction est selon lui une discrimination injuste. Dans le même ordre d’idée, Gabriel Nadeau-Dubois juge que le débat sur les signes religieux est superficiel et qu’on devrait plutôt parler de l’intégration des musulmans. « Si on est progressiste, notre première préoccupation, c’est pour la vie des gens. La communauté [musulmane] souffre d’un taux de chômage absolument injuste et scandaleux, il faut s’y attaquer en priorité ». Bien au contraire, permettre aux agents de l’État d’afficher leurs croyances religieuses est un privilège qui n’a pas sa raison d’être et qui doit être interdit le plus rapidement possible pour assurer la paix sociale. Car si les musulmans ont de la difficulté à trouver un emploi, c’est en partie parce que les employeurs ne veulent éviter le problème d’avoir à gérer des accommodements religieux. Il faut qu’on se parle des signes religieux.

Qu’est-ce qu’un hijab?

Pour plusieurs femmes, porter le hijab résulte du choix libre et éclairé de la soumission à Allah. En arabe, le mot « hijab » désigne « ce qui sert à cacher ». La tradition du port du voile est d’origine proche-orientale. Déjà mentionné dans les lois assyriennes vers 1000 av J.-C., le port de ce voile est une « obligation pour les filles pubères d’hommes libres et interdit pour les prostituées ». Dans le Code d’Hammourabi au XVIIIe siècle av. J.-C., la femme libre, contrairement à l’esclave, porte le voile sous peine de sanctions. Un texte assyrien en fait un signe distinctif entre femme honorable et prostituée. Dans la tradition iconographique chrétienne, Marie est toujours représentée avec un voile de couleur bleue alors que Madeleine, la prostituée, est pour sa part toujours représentée tête nue. Au cours de l’Antiquité grecque et romaine, le voile remplit la même fonction de distinction sociale : soustraire la femme honorable de regards concupiscents des hommes. Cela lui permet de rester pure, donc de préserver la valeur qu’elle revêt pour son époux ou son futur époux. Derrière tout cela, il y a bien évidemment l’idée que la femme est la propriété de l’homme, une chair à mari. Paul de Tarse, un des fondateurs du christianisme, est très clair : le voile est « un signe de sujétion » (1Corinthiens, 11, 6-10). C’est l’ultime symbole de la ségrégation sexuelle. Mais comme c’est arrivé à la croix gammée au précédent siècle, le sens des symboles peut changer. Dans le Québec d’aujourd’hui, le hijab, c’est la liberté. S’inférioriser est un choix personnel.

Le sens historique d’un symbole n’est pas un choix personnel

Pour s’opposer à l’interdiction d’un signe religieux niant l’égalité entre les hommes et les femmes comme le voile, certains avancent parfois que puisqu’un signe religieux peut revêtir plusieurs significations et qu’un État laïc et neutre n’a pas pour fonction d’interpréter les signes religieux, le sens que peut avoir un signe religieux ne donne pas à l’État le droit d’interdire les signes religieux.

Il est certes possible que le voile puisse revêtir plusieurs sens. On peut toujours accorder un sens subjectif et personnel à un symbole. Pour certaines, il n’est peut-être que le symbole d’une appartenance à une communauté. Mais si le sens des symboles religieux est polysémique, il faut admettre en même temps que parmi tous les sens qui peuvent émaner du voile, il y a le sens misogyne traditionnel que nous rappelle l’apôtre Paul. C’est le sens traditionnel du voile et nul ne peut le nier. L’histoire du symbole rend son sens misogyne est présent même si ce n’est pas le sens qu’y voit celle qui porte le voile. Le sens originel du voile est , malgré la croyance subjective de celle qui le porte. La polysémie d’un symbole est indépendante de celui qui porte le symbole. Les différents sens du voile peuvent coexister, ils ne se manifestent pas à tous de la même façon, bien qu’ils soient tous réels. Les sens sont tous là en même temps, mais n’apparaissent pas à tous de la même façon. Pourrait-on porter une svatiska indienne en public sans problème en clamant qu’il s’agit d’un symbole de spiritualité hindoue? Bien sûr que non. On voit bien avec cet exemple qu’il est absurde de couper le symbole de son l’histoire. Le sens d’un signe ne vient pas nécessairement de celui qui utilise le signe, la sémantique n’est pas quelque chose de purement subjectif, sinon les signes ne seraient pas des signes. Le relativisme individualiste du sens des symboles est aussi insoutenable que si un étudiant se mettait à défendre son droit de dire qu’un mot selon lui désigne un sens que lui même lui attribue.

Même porté par des féministes libres et parfaitement autonomes dans leur soumission à Allah, le hijab nuit à l’égalité homme femme, tout comme un crucifix dans une école endoctrine. Tolérer que des femmes se voilent cause un tord social à la cause des femmes. Je crois que la présence de signe religieux dans les écoles cause un grand tort social. C’est un porte-étendard de l’islamisme, un rejet de l’héritage des Lumières et une source d’endoctrinement dans les écoles. Une femme qui se voile, même librement, banalise un instrument de ségrégation sexuelle, donc elle fait la promotion du sexisme.

Si l’on refuse à l’État la légitimité d’interpréter le sens de symboles potentiellement misogynes ou haineux, alors que l’État les interdise tous, par principe de précaution. Dans une société démocratique, la religion devrait être une affaire d’adultes vécues de façon strictement privée. La relégation du religieux dans la sphère privée est un cas de restriction raisonnable de la liberté.

Nous posons comme principe que dans un État neutre, les agents de l’État doivent apparaître neutres. Porter un symbole religieux, ce n’est pas être neutre sur le plan de la religion, et que par principe, un agent de l’État doit être neutre. L’autorisation d’afficher ses convictions religieuses dans les institutions publiques privilégie les religions qui recherchent de la visibilité. L’interdiction supprime ce privilège. Être neutre et équitable implique de traiter tous les citoyens de la même manière. Afficher sa religion, c’est donner le privilège de la visibilité à ses croyances personnelles. Ça n’a pas sa place dans une salle de classe ou au gouvernement. Le but de la laïcité est la paix des religions et des croyances; ses moyens sont la tolérance dans la société et l’abstention dans les institutions d’États (institutions communes). Donner de la visibilité à l’islam est incompatible avec le rôle d’un agent de l’État. Par définition, un agent de l’État neutre doit apparaître neutre. Il doit être un modèle de neutralité.

Protégeons nos enfants

Certains diront qu’afficher ses croyances religieuses est un crime sans victime et qu’il faudrait s’assurer que le hijab cause réellement un tort à des individus avant de l’interdire. La question de savoir si l’interdiction doit être justifiée d’un point de vue déontologique (par principe) ou conséquentialiste (en évaluant les torts causés par le voile) peut se discuter, mais nous devrions tous reconnaître qu’il faut au moins interdire le port du hijab aux personnes qui travaillent en éducation auprès de jeunes mineurs. Car un mineur n’a pas la maturité nécessaire pour comprendre la multiplicité des sens du voile et il a donc là un réel risque d’endoctrinement involontaire. Les élèves risquent de finir par voir le hijab comme un simple bout de tissu, et c’est exactement ça le danger : les enseignantes voilées banalisent une pratique sexiste aux yeux des enfants. L’interdiction des signes religieux dans les écoles et sur tous les agents de l’État s’impose, et le plus tôt sera le mieux pour assurer la paix sociale.

 

Lettre à mon ancien professeur Jean Grondin

Lorsque, tout jeune homme, j’assistais à vos cours, je croyais être touché par la vérité. J’avais notamment reçu cette grâce lorsque vous aviez présenté l’hylémorphisme d’Aristote, au cours de l’hiver 1997. Vous aviez expliqué la théorie aristotélicienne de la substance avec tant de virtuosité que j’avais l’impression que la vérité avait été trouvée. À la sortie de la classe, je vous ai fait part de mon émerveillement et vous m’avez sagement répondu « vous n’avez encore rien vu ». Vous m’êtes alors apparu comme un maître aussi vénérable que redoutable.

Vous étiez certes excellent pour enseigner l’histoire de la métaphysique. Je dois cependant confesser, au risque de devenir une sorte de parricide, que je n’ai jamais aimé votre tendance à l’apologétique et à l’hagiographie, que j’ai découverte en lisant votre biographie de Hans-Georg Gadamer. Dans la version française, le mot « honore » apparaît 11 fois, et c’est sans parler des autres mots de la même famille!

« Gardez-vous des faux prophètes, nous prévient l’Évangile. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. » Dans votre texte « Peut-on défendre Heidegger? », paru dans Le Devoir du 11 février dernier, vous expliquez, avec une charité qui vous honore, que l’antisémitisme du faux prophète Martin Heidegger s’explique en partie par l’inexistence d’Internet à son époque. « Cela ne l’honore pas, mais Heidegger a été victime de sa puissante propagande et de son propre aveuglement au sujet de la révolution dont l’Occident aurait besoin. Il faut tenir compte de cette situation de détresse quand on condamne aujourd’hui Heidegger depuis le confort de nos écrans d’ordinateur grâce auxquels nous avons commodément accès à plusieurs sources d’information. Heidegger n’avait pas ce privilège. » Heidegger, une pauvre victime de la propagande qui n’avait pas Internet pour s’informer aussi bien que les gens du XXIe siècle !

Internet! La conclusion de votre texte m’a rappelé le doux souvenir de cette belle journée du printemps 2004, lorsque j’étais venu vous rencontrer à votre bureau pour discuter de mon projet de mémoire de maîtrise sur l’herméneutique de Gadamer. Je voulais traiter de l’influence de saint Augustin sur la conception gadamérienne du langage et vous m’aviez alors suggéré de consulter le site web de James J. O Donnell, en me faisant remarquer que c’était là le seul site web qui valait la peine d’être consulté sur Internet. Grande fut donc ma surprise lorsque j’ai compris que vous ne croyez plus qu’Internet est seulement utile pour étudier saint Augustin, mais aussi pour résister à la propagande d’un régime totalitaire. Vous avez découvert les vertus de numérisation totale de l’étant.

La dernière phrase de votre généreux texte en évoque le magnifique récit de la femme adultère de l’évangile de Jean : nous ne sommes pas placés pour juger Heidegger. Je ne peux pas, en effet, savoir ce que j’aurais fait à la place de Heidegger. Qui sait, j’aurais peut-être moi aussi fait congédier des collègues. Mais nous savons que des centaines de milliers de compatriotes de Heidegger n’ont pas été aussi naïfs que lui. Dans Une Allemagne contre Hitler (Félin, 2007) l’ancien résistant Günther Weisenborn présente des statistiques de l’appareil répressif nazi qui donnent une idée de l’ampleur de la résistance allemande à la propagande nazie :

  • De 1933 à 1939, 225 000 personnes sont condamnées pour motifs politiques à des peines de prison et 1 000 000 d’Allemands sont envoyés dans les camps de concentration;
  • En 1933, 100 000 personnes ont exercé une activité antinazie;
  • Vers 1935-1936, la Gestapo estime qu’il existe 5 708 centres clandestins diffusant des tracts, affiches et brochures contre le régime;
  • En 1936 la Gestapo saisit 1 643 200 tracts du Parti socialiste (SPD) et du Parti communiste (KPD). Elle en saisit 927 430 l’année suivante;
  • En 1941, 11 405 opposants de gauche sont arrêtés par la Gestapo.

Si un grand penseur comme Heidegger est une victime de la puissante machine de propagande nazie, comment se fait-il des centaines milliers d’Allemands ordinaires ont résisté à cette propagande? Devons-nous pardonner à Heidegger parce qu’il était moralement trop faible pour être responsable de ses opinions antisémites? Il avait l’esprit ardent, mais le sens moral faible?

Vous suggérez que l’antisémitisme de Heidegger provient de la propagande pour expliquer pourquoi l’antisémitisme apparaît tardivement dans les « Cahiers noirs ». Vous savez pourtant tout aussi bien que moi que la qualité scientifique de l’édition des textes de Heidegger est douteuse. Par exemple, le passage « il faudrait se demander sur quoi est fondée la prédestination particulière de la communauté juive pour la criminalité planétaire » (GA69, p.78) a été censuré. C’est Peter Trawny qui a révélé la phrase antisémite censurée – par lui-même! – dans le volume 69 de la GA… Dans le cas des « Cahiers noirs », notons l’inexplicable présence de textes antidatés, tels que des propos de Hannah Arendt, dans le tome 97, datant d’après 1948, date des derniers carnets.

Vous êtes également beaucoup trop érudit pour ignorer qu’avant le 11 mars 1933, date où Hitler nomme Goebbels ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande, Heidegger avait déjà écrit des propos clairement antisémites. Je prends la peine de retranscrire ici ces passages.

1916 : « L’enjuivement (Verjudung) de notre culture et de nos universités est assurément effrayant et je pense que la race allemande devrait encore mettre en œuvre tant de force intérieure pour parvenir au sommet. Assurément, le capital! » [1]

1920 : « Dimanche prochain a lieu ici [Messkirch] le bal de la moisson – Fritz y sera comme il se doit – la moisson a été bonne – mais les prix ne seront pas faibles – ici en altitude les paysans commencent eux aussi à devenir sans scrupules et tout est submergé de Juifs et de margoulins. » [2]

1929 : « Ce à quoi je n’ai pu que faire allusion dans le certificat, je puis ici le dire plus clairement. Ce dont il s’agit, ce n’est en effet rien de moins que ceci : nous ne pouvons plus différer de méditer le fait que nous nous trouvons devant un choix concernant la vie spirituelle de l’Allemagne – ou bien recommencer à faire affluer vers elles de vraies forces enracinées et des éducateurs, ou bien l’abandonner définitivement à la judaïsation (Verjudung) croissante, que ce soit dans un sens large ou dans un sens restreint. Le chemin qu’il faudra avoir parcouru pour nous trouver nous-mêmes, ce chemin ne pourra s’ouvrir que si nous sommes en état, sans hargne ni affrontement stérile, d’aider à ce que se déploie des forces neuves. » [3]

Si Heidegger n’est qu’une victime de la propagande de Goebbels, pourquoi le défend-il en 1946? « En même temps, on prêche que la technique devrait servir aux hommes. On tente simultanément, dans de tels témoignages de la parole, de présenter “‘Joseph Goebbels »’ comme un menteur, et de le clouer au pilori d’une opinion mondiale fort douteuse. » » (GA97, p.157)

Est-il nécessaire d’avoir accès à Internet pour résister à la propagande d’un régime criminel? Les centaines de milliers d’Allemands qui ont résisté à la propagande ont-ils vraiment existé? Les textes antisémites écrits avant 1933 sont-ils apocryphes? Heidegger était-il responsable de ses valeurs? Comment expliquer l’itinéraire de ce salaud ordinaire? Je vous en prie, monsieur Grondin, répondez-moi : je suis tout confus.

Notes

[1] Lettre à Elfride 18 octobre 1916, Martin Heidegger, « Ma chère petite âme! » : Lettres à sa femme Elfride 1915-1970, trad. Marie-Ange Maillet, Paris, Seuil, 2007, p. 82.

[2] Lettre à Elfride du 12 août 1920, Martin Heidegger, « Ma chère petite âme! » : Lettres à sa femme Elfride 1915-1970, trad. Marie-Ange Maillet, Paris, Seuil, 2007, p. 157.

[3] Lettre à Viktor Schwoerer, responsable universitaire du pays de Bade  Traduction de François Fédier, dans Martin Heidegger, Écrits politiques 1933-1966, présentation, traduction et notes par François Fédier. Gallimard, p. 282.

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Les 2 plus grands mensonges du socialisme

Il est difficile de savoir si l’on connaît ou pas.
– ARISTOTE

À moins de ressembler à Patrick Bateman dans American Psycho, nous avons tous des intuitions morales anticapitalistes. C’est un système qui augmente peut-être le niveau de vie des gens, mais au prix de l’exploitation de certaines classes de travailleurs. Le capitalisme crée aussi un très grand écart entre la répartition des revenus, ce qui crée un sentiment d’injustice tout à fait légitime. Les travailleurs exploités dans les usines des grandes entreprises installées dans les pays en voie de développement ont peut-être des conditions de vie supérieures à celles de nos ancêtres de l’époque médiévale, mais le fait qu’elles soient tout de même aussi exploitées pour fabriquer nos vêtements et ces hochets électroniques que sont les téléphones intelligents a quelque chose de profondément révoltant.

Faut-il remplacer le capitalisme par un autre système ou serait-il préférable de l’améliorer? Des penseurs sous l’influence de Marx croient que le capitalisme est condamné à disparaître et être remplacé par un système où la misère et la pauvreté seront définitivement abolies par une redistribution à peu près égale des revenus. Pour Joseph Heath, professeur de philosophie à l’Université de Toronto, il faut connaître suffisamment la science économique avant de porter un jugement si radical sur le capitalisme. « [J]e suis d’avis que les détracteurs du capitalisme ne se sont pas donné la peine de maîtriser suffisamment leur sujet. Marx comprenait à fond la situation économique de son époque. Pourtant, en partie à cause de son influence même, sans doute, très peu de théoriciens de gauche ou “radicaux” peuvent en dire autant1. »

Dans Sale argent2, après avoir critiqué six sophismes de la droite, Heath critique six sophismes de la gauche. Je vais vous présenter dans ce qui suit sa critique de deux d’entre eux que j’ai choisis parce qu’ils sont devenus dans le discours anticapitaliste actuel des dogmes qui empêchent le développement et l’application de solutions efficaces aux problèmes soulevés par le capitalisme.

Le dogme de la destruction du capitalisme

Une des idées préférées de la gauche est que le capitalisme est pris avec des contradictions internes qui mènent à son anéantissement. Marx disait, en s’inspirant de la métaphysique de l’histoire de Hegel, que le capitalisme renfermait des contradictions internes qui allaient inévitablement déclencher une crise révolutionnaire menant à la fin de l’histoire, un retour au « paradis terrestre » d’une société sans classe. D’après Marx, les récessions sont causées par la surproduction de marchandises qui, périodiquement, s’accumulent pour faire tomber l’économie au point mort jusqu’à ce que le surplus de stock soit éliminé.

Heath explique que ce n’est pas la surproduction qui cause les récessions économiques, c’est l’augmentation de la demande pour l’argent. Lorsque les consommateurs préfèrent épargner plutôt que de consommer, il s’ensuit une augmentation de l’offre en biens qui produit une apparence de surproduction. Depuis 1980, on contrôle mieux les épisodes de récession par de simples politiques monétaires sur les taux d’intérêt : en abaissant le loyer de l’argent, on incite les gens à vouloir consommer plutôt qu’à épargner, ce qui assure le maintien de la demande en marchandises3 et de la main-d’œuvre qui la produit. L’État assure aussi le fonctionnement du marché, par l’assurance dépôt4. Dans le cas de la récente crise financière, les gouvernements qui ont appliqué une politique d’austérité s’en sont plus mal sortis que ceux qui ont appliqué les principes keynésiens d’intervention de l’État en cas de crise. Le capitalisme n’existe pas sans un État pour assurer son fonctionnement. Le gouvernement doit intervenir pour aider le marché à sortir des récessions et des crises économiques. Cependant, les épisodes de décroissance ne remettent pas en cause son existence.

Puisque le capitalisme survit aux récessions, de plus en plus de socialistes se tournent vers la crise des changements climatiques pour trouver la « contradiction interne » tant recherchée5 qui fera tomber le capitalisme. Ces gens-là se trompent, car la crise écologique n’est pas du tout une contradiction interne du capitalisme. La crise écologique est causée par la consommation des ressources naturelles, que le système de production soit capitaliste ou socialiste n’y change rien. On peut imaginer un système économique socialiste fonctionnant, par exemple, sur des échanges entre coopératives, qui détruirait tout autant l’environnement et qui brûlerait autant de pétrole. Le réchauffement climatique est causé par les émissions de gaz carbonique dans l’atmosphère, il n’est pas produit par les profits sur du capital accumulé ou les inégalités sociales. Ce n’est pas la propriété privée des moyens de production qui cause la pollution, ce sont les moyens de production, peu importe que leur possession soit privée ou collective. Sous un régime socialiste, nous allons devoir produire au moins autant de nourriture pour faire vivre toute la population mondiale, et si la population s’accroît, nous allons devoir en produire davantage.

De plus le libre marché nous offre des solutions efficaces (même si elles froissent notre sensibilité morale) aux problèmes écologiques. Par exemple, dans le cas des changements climatiques, une simple taxe au carbone pourrait réorienter l’économie vers des énergies vertes en rendant l’exploitation et l’utilisation des combustibles fossiles peu rentables. C’est probablement sous un régime capitaliste que la crise écologique sera surmontée. Instaurer une taxe du carbone va davantage améliorer le sort de l’humanité qu’attendre l’effondrement du capitalisme, car la crise écologique va rendre la planète inhabitable bien avant la révolution socialiste.

Le dogme de la redistribution des richesses comme solution à la pauvreté

Dans la plupart des démocraties industrielles, les écarts de richesses sont de plus en plus intolérables. L’inégalité dans la redistribution du revenu est considérée par la gauche comme la cause de la pauvreté. Le système capitaliste serait lui-même la cause de cette inégalité matérielle. La redistribution des revenus (un revenu minimum garanti, par exemple) sous un régime socialiste permettrait selon les sympathisants de la gauche de régler la majorité des problèmes liés à la pauvreté.

Et si le capitalisme n’était pas la principale cause de la pauvreté? Selon Heath, c’est une erreur que de croire que la pauvreté est principalement causée par le manque d’argent. Cette erreur incite à surestimer le pouvoir de la redistribution directe d’argent comme moyen d’améliorer le niveau de vie des pauvres. « Les pauvres ne souffrent pas que du manque d’argent; ils ont aussi tendance à très mal dépenser le peu d’argent qu’ils ont6. » La gauche « sombre facilement dans le sophisme qui consiste à croire que la pauvreté s’explique d’elle-même, que le seul problème des pauvres est le manque d’argent. Si c’était le cas, nous tiendrions sûrement la solution [le revenu minimum garanti]. En réalité, la pauvreté tend à être le symptôme, plutôt que la cause, d’un ensemble de problèmes plus profonds7. »

La pauvreté est parfois causée par des circonstances incontrôlables (pensons par exemple à une mère de jeunes enfants qui vient de se faire abandonner par sa conjointe ou son conjoint). Mais la pauvreté peut aussi être en partie causée par des problèmes de comportement, l’incapacité d’attendre avant de faire un achat. Les économistes représentent l’impatience des gens par la fonction d’actualisation. Cela représente la tendance à préférer la satisfaction présente à la satisfaction future, à vouloir le bonheur immédiatement plutôt que plus tard. Plus une personne préfère la satisfaction présente à la satisfaction future, plus son actualisation est élevée. Une grande difficulté à remettre à plus tard une satisfaction prédispose à devenir pauvre. Il importe ici d’être extrêmement clair : ce ne sont pas tous les pauvres qui ont tendance à dépenser leur argent de façon impulsive, mais avoir tendance à dépenser impulsivement peut conduire à la pauvreté. Le gouvernement du Québec tire profit de cette réalité en installant davantage de machines de vidéopoker dans les quartiers défavorisés.

Comment lutter contre la pauvreté? La solution de la droite est une approche punitive. Il faut moins aider les pauvres, il faut les responsabiliser. C’est une très mauvaise stratégie : les plus pauvres répondent déjà très mal aux incitatifs, leur rendre la vie plus difficile va donc seulement créer plus de souffrances inutilement.

La solution de la gauche consiste à donner de l’argent et de l’éducation. Après tout, si les pauvres manquent d’argent, on a juste à leur en donner. Dans certains cas (comme pour une famille monoparentale), ça peut être une bonne solution. Mais lorsque c’est un problème d’actualisation, c’est une mauvaise idée. L’éducation n’est pas non plus la solution, car les gens qui sont pauvres en raison d’un problème d’actualisation hyperbolique ne sont pas prêts à tolérer des privations à court terme pour se procurer des avantages à long terme. Aller à l’école correspond précisément au genre de privations qu’ils ne sont pas disposés à accepter. Lorsque la gauche propose l’éducation comme solution aux problèmes de la pauvreté, elle présuppose que le problème de l’actualisation hyperbolique a déjà été réglé.

La solution de Heath consiste à faire coïncider les incitatifs à long terme avec les incitatifs à court terme. Il faut, autrement dit, aborder le problème de la pauvreté sous l’angle de la motivation. Les personnes qui souffrent d’actualisation hyperbolique ne réagissent qu’aux incitatifs immédiats. Il est donc inutile, comme le voudraient les gens de droite, de tenter de changer leur comportement avec des menaces à long terme. « Les personnes qui ont une fonction d’actualisation très exagérée ont d’abord et avant tout besoin d’une restructuration des incitations, laquelle les aidera à mieux se maîtriser8. » Heath donne l’exemple du programme Bolsa Familia au Brésil, un programme où seuls les parents qui pouvaient prouver que leurs enfants fréquentent l’école avec assiduité, reçoivent les vaccins recommandés et sont suivis par un médecin avaient droit à leur chèque mensuel d’aide sociale.

Conclusion

Nous avons vu pourquoi le capitalisme n’est pas prêt de disparaître et que la redistribution de la richesse n’éliminera pas la pauvreté. Heath nous fait prendre conscience que les phénomènes économiques constituent un système global d’une extraordinaire complexité. Il faut être capable de prendre suffisamment de recul et le considérer dans sa totalité pour évaluer de façon rigoureuse les effets des politiques économiques. À défaut de bien saisir le fonctionnement réel du système économique dans lequel nous vivons, ce que l’on croit être une mesure bénéfique peut souvent conduire au contraire de l’effet recherché. Les sympathisants de la gauche qui ne connaissent pas suffisamment les rouages de l’économie ne défendent pas des solutions réelles, mais plutôt une idéologie particulière. Réciproquement, ils ne critiquent pas tant le capitalisme réel qu’une vision marxiste du capitalisme. Une vision erronée sur plusieurs aspects importants. Si l’on veut améliorer le sort des moins nantis, si l’on veut changer le monde, il faut d’abord le comprendre tel qu’il est et l’interpréter correctement.

NOTES

1.Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 15.

2.Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009.

3.À long terme, cependant, cela peut créer d’autres problèmes, d’autant plus que les effets de l’endettement et des intérêts ne sont pas encore bien compris par les théories économiques.

4.Assurance dépôt : Le gouvernement assure tous les comptes en banque de moins de 100 000 $ ce qui protège le système bancaire d’une ruée vers les banques lorsque tous les épargnants réclament leur argent en même temps.

5.On pense notamment à Naomie Klein dans This Changes Everything ou à Éric Martin, lors de son débat avec Richard Colette.

6. Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 316.

7.Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 319.

8. Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 332.

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