La nouvelle Inquisition

Au début du mois d’août dernier, un discours de Tarek Fatah, qui devait être prononcé à l’Université Ryerson, à Toronto, a été annulé par la direction de l’Université.

Musulman, Tarek Fatah, qui est chroniqueur pour le Toronto Sun, est un auteur primé et un activiste qui a fondé le Congrès musulman canadien après les événements du 11 septembre 2001 – à la fois pour lutter contre l’islamisme et pour atténuer l’islamophobie. Il est l’hôte de l’émission de télévision Fatah Ka Fatwa, à Zee News TV, et est un conférencier prisé au Canada et en Inde. Il est un ardeur défenseur de la liberté d’expression. Il reçoit également de fréquentes menaces de mort.

Fatah estime que Ryerson a annulé l’événement de la Fondation à la dernière minute et sans donner d’explication en raison de la pression exercée par divers groupes qui protestaient contre son discours, comme AntiFa Toronto ou l’Association des étudiants musulmans de l’université.

Les problèmes liés à la liberté d’expression font l’objet de critiques sur de nombreux campus nord-américains, vu que leurs conférenciers programmés sont de plus en plus souvent annulés, en raison de menaces de violence de la part de groupes qui se présentent comme champions de la morale.

En 2014, la Foundation for Individual Rights in Education (FIRE) a calculé que le nombre de conférenciers « désinvités », le plus souvent parce que leurs opinions sont considérées « offensantes », avait plus que triplé au cours des dix dernières années.

En 2015, l’association étudiante de l’Université du Minnesota a voté contre une résolution visant à souligner l’anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 parce cela pourrait encourager l’islamophobie.

Le philosophe français Georges Palante (1862-1925) dirait que nos milieux intellectuels sont contaminés par « l’esprit prêtre ». L’esprit prêtre se caractérise par le « sentiment d’une supériorité morale », c’est-à-dire l’aspiration à représenter une idée morale, à remplir une mission sociale, à se poser en modèle, à donner l’exemple, à imprimer une direction morale à la société, bref à exercer un sacerdoce :

« Autrefois, l’esprit prêtre était le privilège d’une caste. Aujourd’hui, il s’est répandu, diffusé, dilué dans nos classes dirigeantes, dans ces élites intellectuelles, politiciennes, administratives, qui forment notre aristocratie démocratique. »

Le dogmatisme est la principale caractéristique de l’esprit prêtre. On retrouve un bon nombre de militants politiques parmi les étudiants universitaires, particulièrement dans les départements de philosophie et de sciences sociales. Or le militantisme ne fait pas toujours bon ménage avec les exigences de rigueur de la science. Dans les milieux militants, il n’y a pas une éthique de l’honnêteté intellectuelle et un désir d’objectivité, le critère est plutôt l’allégeance à la Cause. Ces nouveaux prêtres font abstraction de la réalité quand elle ne corrobore pas leur vision des choses, ou encore ils l’interprètent de manière tordue pour qu’elle leur donne raison. Un bon prêtre ne laisse pas la rigueur intellectuelle le détourner de la Vertu.

Comme au Moyen-âge, certains intellectuels d’aujourd’hui font de la philosophie la servante de leur dogme. Palante le dit bien : « L’esprit prêtre se trouve uni à une certaine conception de la philosophie entendue comme la servante d’un finalisme éthique et d’une foi morale ».

Une foi morale aveugle : ils sont les « Bons », les autres sont les « Mauvais », ils proclament et répètent des principes sans réaliser qu’il leur arrive de ne pas les appliquer eux-mêmes.

« Il nous reste à dire un mot des formes les plus vulgaires, les plus basses et les plus grossières que revêt l’esprit prêtre laïque. Ce sont celles qu’il revêt chez beaucoup de gens à qui leur situation sociale ou leur propre sottise donnent l’illusion d’une dignité, d’une respectabilité et d’une moralité supérieures. Ici, nous trouvons la tribu des honnêtes gens infatués de pose morale, des philistins pontifiants, des fonctionnaires confits dans leur sacerdoce. Ici, bien entendu, l’esprit prêtre laïque se vide de tout contenu intellectuel ou idéal. Il se réduit à un plat pharisaïsme, à un fétichisme et à un tabouisme idiots ».

Ces nouveaux prêtres veulent tuer la culture, la pensée, en restreignant la liberté d’expression, qui n’est pas du tout là pour « pacifier » ou anesthésier le débat public. La liberté d’expression permet le choc des idées sans lequel il ne peut y avoir ni démocratie ni culture.

Censurer un Tarek Fatah, c’est attaquer la démocratie et la culture. En ne faisant de la liberté d’expression qu’un moyen pour favoriser le fameux « vivre ensemble », comme l’ont suggéré récemment des militants correspondant à l’esprit-prêtre dont parlait Georges Palante, on sape le fondement de la démocratie, du dialogue et des conditions de possibilité du développement de la pensée.

La liberté d’expression n’a pas été créée pour le « vivre ensemble », c’est de la foutaise. D’ailleurs, le « vivre ensemble », selon les tenants de la nouvelle Inquisition, ne saurait être défini que par eux seuls, selon les besoins étroits de leur idéologie.

Ainsi, le vivre ensemble selon la conception de ceux qui ont fait pression pour étouffer la voix de Tarek Fatah, c’est l’uniformité de la pensée, c’est le conformisme, sinon la haine de la culture, sans laquelle il ne saurait y avoir d’intelligence tant individuelle que collective. C’est donc une manière d’imposer l’ignorance, qui est une condition essentielle de la servitude.

Référence : Georges Palante, « L’esprit prêtre laïque », Mercure de France, no 293, 1909. Les œuvres de Palante sont disponibles aux éditions Coda.

media1501317191

 

Comment reconnaître un adepte de la gauche régressive

Ce qui est méprisable est dangereux, quand il n’est pas assez méprisé.                —VOLTAIRE

J’appelle gauche régressive la partie de la gauche politique qui, au nom du multiculturalisme ou inspirée par le relativisme culturel, défend une position incohérente vis-à-vis le progressisme censé être inhérent à la gauche, et ce, en tolérant ou en se portant à la défense d’un islam radical et politique (islamisme), c’est-à-dire un islam, misogyne, homophobe et religieusement suprématiste.

La gauche régressive essaie de nous faire accroire qu’elle ne défend pas cette conception arriérée et totalitaire d’une religion, mais qu’elle lutterait contre la « discrimination ». Mais en réalité, ces gens-là ne défendent pas la liberté de religion, mais bel et bien l’islamisme. Ils se précipitent exclusivement au secours de cette idéologie radicalement misogyne, homophobe, ultra-arriérée, haineuse, totalitaire, suprématiste, donc qui n’a certainement rien de progressiste.

S’ils défendaient la liberté de religion, alors les adeptes de la gauche régressive n’ignoreraient pas, quand ils ne les méprisent ou ne les diffament pas tout simplement, les musulmans anti-charia et anti-djihad, comme un Tarek Fatah par exemple. Au lieu donc de se rendre solidaires des musulmans progressistes, humanistes et démocrates qui prônent notamment l’égalité homme femme et les droits des LGBTQ, les adeptes de la gauche régressive se portent toujours à la défense des mouvances islamistes anti-progressistes comme les Frères Musulmans. Tels sont les faits, amplement et aisément vérifiables.

Si les Frères Musulmans, dont les propres documents parlent d’imposer l’islam radical partout dans le monde, investissent des millions de dollars par année au Québec, ce serait donc dans quel but? Pour faire le contraire ici seulement de ce qu’ils font partout dans le monde? Pourquoi ces questions? C’est que, selon nos gauchistes régressifs, il semblerait que les Frères Musulmans, en mettant le pied au Québec, seraient touchés par une espèce de grâce peut-être surnaturelle qui leur ferait faire et rechercher ici tout le contraire de ce qu’ils font et recherchent partout ailleurs dans le monde. Ainsi « pense » la gauche régressive.

Comment savoir si vous avez affaire à un adepte de la gauche régressive?

Un sectateur de la gauche régressive, comme nous venons de le mentionner, ne se montre jamais solidaire des musulmans progressistes et démocrates. Ce ne sont pas les « minorités opprimées » qui inquiètent les adeptes de la gauche régressive, dont la compassion et la solidarité sont plutôt orientées en faveur des éléments misogynes, homophobes, suprématistes et haineux de l’islam radical. Les réels oppresseurs les fascinent, voire les séduisent.

De plus, les brutes épaisses soi-disant « antifa » avec lesquelles les adeptes de la gauche régressive sont acoquinés, sont elles-mêmes de vrais oppresseurs. La gauche régressive est essentiellement liberticide.

Par exemple, ce n’est pas être « préoccupé » par les « opprimés » que de désigner une Djemila Benhabib comme cible aux brutes épaisses « antifa », en la pointant du doigt mensongèrement comme « fasciste » ou « d’extrême droite » comme certains viennent de le faire.

En effet, désigner une personne comme « fasciste », c’est dans ces milieux l’équivalent d’un claquement de doigts pour que les chiens enragés sautent sur la proie désignée. Donc, Djemila Benhabib est une femme immigrante qui n’est pas protégée par la gauche régressive. Bien au contraire, des « intellectuels » de la gauche régressive l’offrent en pâture aux hordes d’abrutis qui essaient de se faire passer pour « antifascistes », alors qu’ils en sont l’exact contraire comme le prouvent leurs méthodes et tactiques, et qui sont accrochés au magistère des « intellectuels » de la gauche régressive.

La désignation de Djemila Benhabib comme cible pour ces abrutis n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres qui attestent du fait que la gauche régressive n’aime que les musulmans rétrogrades et considère comme des larbins les progressistes de foi ou de culture musulmane.

Mais détrompons-nous : il n’y a pas de « complot islamogauchiste », comme plusieurs agités du bocal d’extrême droite le croient bien à tort. Nous assistons plutôt à une haine adolescente de l’Occident libéral, démocratique et capitaliste qui est tout à fait commune et observable dans ces deux mouvances que sont la gauche régressive et l’islam politique.

En fait, si je me refuse à parler de « complot », c’est parce que je crois fermement que la plupart des adeptes de la gauche régressive sont trop épais et trop stupides pour savoir ce qu’ils font et ce à quoi ils servent. Et pour comploter, il faut quand même avoir une certaine intelligence stratégique, ce qui n’est pas le cas des pseudos « intellectuels » de la gauche régressive qui publient dans Ricochet ou des cires molles qui s’abreuvent aux mamelles infectes de ce média malhonnête et liberticide.

Les faits demeurent, donc : c’est toujours et uniquement pour défendre des musulmans rétrogrades, misogynes, homophobes, suprématistes, que s’activent les adeptes de la gauche régressive. Jamais les adeptes de la gauche régressive ne vont protester contre l’idéologie et les discours haineux, misogynes, homophobes, suprématistes des islamistes. Qu’on me montre un seul article de Ricochet qui proteste contre une seule de ces composantes de l’islamisme, ou encore, qu’on me présente un adepte de la gauche régressive qui se porte à la défense des musulmans progressistes, démocrates et humanistes qui combattent les islamistes, et je commencerai à réviser mon jugement.

Ce n’est certes pas demain la veille.

 

20158396_10155376240576101_1061952900_n

 

L’attaque vicieuse de Xavier Camus contre Djemila Benhabib

Xavier Camus est enseignant en philosophie au collégial, blogueur et chroniqueur radiophonique d’actualité politique. Ancien assistant de recherche de Georges Leroux, son mémoire de maîtrise porte sur la conception du bonheur chez Aristote et il a fait des recherches doctorales sur l’utilitarisme et le perfectionnisme moral.

Dans un texte publié sur Ricochet, le média poubelle de la gauche régressive, Xavier Camus laisse sous-entendre qu’il y aurait un lien de proximité entre Djemila Benhabib et le groupe nommé « La Meute ».

Le plat dégoûtant que nous sert Camus, je dois l’avouer, me coupe l’inspiration, mais comme cela fait partie des procédés de la gauche régressive – susciter le dégoût et l’écœurement au point que l’on perde la volonté de riposter, et ce, afin que la calomnie puisse se répandre allègrement – je me dois moralement de répondre à ce triste individu.

Xavier Camus lance son attaque en affirmant que des membres de La Meute auraient été présents lors d’une table ronde sur la liberté de la presse qui a eu lieu à Montréal, le 9 mai dernier. Un événement organisé par la militante de gauche pour la laïcité Djemila Benhabib.

On constate d’emblée que le texte de Camus est bâti uniquement sur des allusions au conditionnel, ce qui laisse au lecteur une impression de culpabilité par association. Une tactique sophistique de bas étage digne des heures les plus sombres du maccarthysme.

Xavier Camus écrit : « Sur une autre photo, on peut observer Mme Benhabib, tout sourire, recevoir l’accolade de deux de ces agents de sécurité volontaires : tous les deux sont des membres de la page publique de La Meute, l’un d’eux est Farid Salem. »

Le fait est que dans la salle ce soir-là, personne ne portait le t-shirt « Kiss me, je suis un membre de La Meute ». Et Djemila Benhabib ignorait que M. Salem était membre de la page Facebook publique de La Meute.

De plus, être membre de cette page publique ne veut strictement rien dire, car n’importe qui peut en être membre, y compris plusieurs adeptes de la gauche régressive qui, dignes d’une Stasi, surveillent la Meute tout comme ils épient et traquent le moindre opposant idéologique. En effet, être membre d’une page Facebook ne veut pas dire adhésion à un groupe. Avoir cliqué « J’aime » sur la page Facebook publique de La Meute ne veut donc pas dire qu’on est membre de La Meute. Ce n’est pas une page de membres en règle.

Et a fortiori, Djemila Benhabib ne pouvait avoir aucune espèce d’idée que des gens présents ce soir-là, y compris ceux qui ont assuré la sécurité de l’événement, pouvaient avoir cliqué « J’aime» sur quelque page publique que ce soit. Le « philosophe » Xavier Camus se montre ainsi coupable d’un grave et vicieux raccourci intellectuel.

Xavier Camus continue : « si Benhabib a apprécié leurs services, alors pourquoi ne pas les enrôler à nouveau en vue du colloque du Mouvement républicain? »

Le procédé de Camus est encore une fois répugnant. D’abord, quel est le rapport entre Djemila Benhabib et le Mouvement républicain, dont, selon nos sources, elle ne connaissait même pas l’existence ? De plus, que Mme Benhabib puisse avoir apprécié ceux qui lui ont été présentés comme des bénévoles ayant assuré la sécurité et qui ne lui ont pas été présentés comme membres de La Meute, n’est tout de même pas un péché mortel, sauf probablement aux yeux des pharisaïques sépulcres blanchis de Ricochet.

Puisque les diffamateurs appliquent fort bien le principe du propagandiste nazi Goebbels selon lequel « Plus un mensonge est répété, plus il est cru », il faut donc démentir et démentir encore s’il le faut, en rappelant que personne n’est tenu de vérifier la liste des groupes Facebook auxquels sont abonnés les gens qui participent ou assistent à un événement. D’ailleurs Farid Salem, sur la page Facebook de Xavier Camus, a clairement spécifié que Djemila n’y était pour rien et n’était au courant de rien.

Après vérification auprès d’un proche de Djemila Benhabib, je peux affirmer qu’elle n’a su que quelques semaines après que des personnes ayant cliqué « J’aime » sur la page Facebook publique de La Meute étaient là, et qu’elle n’en est pas du tout enchantée. Le fait est qu’elle n’a jamais rien eu à voir, ni de près ni de loin, avec le groupe nommé La Meute. Ces personnes, répétons-le, n’étaient pas identifiées comme faisant partie de La Meute, ils n’avaient aucun signe distinctif sur eux, aucun logo ou autre. Dans les circonstances, quiconque est intellectuellement honnête aurait compris que si Djemila Benhabib avait été mise au courant, elle aurait très probablement refusé. Cela ne serait d’ailleurs guère étonnant, vu le parcours progressiste et humaniste de Djemila, une femme de gauche qui depuis toujours combat la haine et toute forme de racisme et de xénophobie, comme tous ses livres en témoignent éloquemment, de même que ses nombreuses interventions publiques.

Tel un serpent, donc, Xavier Camus agite des insinuations sournoises. Un procédé, je le disais d’entrée de jeu, dégoûtant. Laisser insinuer une association entre Djemila Benhabib et tout individu ou groupe accusés à tort ou à raison de racisme est en effet mensonger et ignoble. C’est particulièrement indigne d’une personne qui a mené des recherches doctorales sur le perfectionnisme moral.

On voit ainsi à quoi sert Ricochet : à diaboliser en vue d’exclure de la place publique ceux et celles qui ne pensent pas comme les scribouilleurs qui y déversent leurs calomnies.

Si Xavier Camus est tellement préoccupé par les misogynes, les homophobes, les suprématistes et les intolérants de tout acabit, il aurait intérêt à regarder de plus près ceux avec qui fricotent ses petits amis idéologiques de la gauche régressive, comme Gabriel Nadeau-Dubois par exemple, eux qui servent de carpettes aux islamistes qui pratiquent et propagent ici-même la ségrégation sexuelle et la haine contre les non-Musulmans.

Il importe d’ailleurs de souligner que cette même gauche régressive, qui est si tendre au cœur de Xavier Camus, est la même qui ignore et même qui méprise nos compatriotes de foi ou de culture musulmane qui combattent l’islamisme, comme par exemple le courageux Zabi Enâyat-Zâda, auteur du beau livre Afghan et Musulman : le Québec m’a conquis, dont la préface est signée par nulle autre que Djemila Benhabib.

C’est qu’il semble bien que les Musulmans opposés à la misogynie, à l’homophobie, à la haine, au suprématisme religieux, au totalitarisme, et qui prônent le progrès, la démocratie, la tolérance et l’humanisme, ça n’intéresse pas la gauche régressive dont l’organe où sévit Xavier Camus, Ricochet, n’est qu’un porte-étendard parmi d’autres.

S’il est vrai que la valorisation de la rationalité est importante pour la bonne conduite de nos vies et pour un meilleur vivre ensemble, Xavier Camus devrait faire preuve de plus de cohérence et, surtout, de plus de probité intellectuelle. Car la seule personne qui est déshonorée par le sale écrit qu’il vient de produire, c’est lui-même.

Par conséquent, que Xavier Camus, au lieu de s’acharner à trouver des brins de paille dans les yeux des autres, retire la poutre qui est bel et bien enfoncée dans son œil à lui, car « si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans une fosse ». (Mt, 15, 14).

13434974_10157025664770223_5854557910896498114_n.jpg

 

Faut qu’on se parle du hijab!

120511-muslimwear

Le premier ministre Philippe Couillard déclarait récemment qu’aucun compromis ne serait fait par son gouvernement sur la « discrimination vestimentaire ». C’est sa façon de dire qu’il refuse d’interdire le port du hijab et d’autres vêtements ou signes religieux par les agents de l’État, même ceux qui détiennent un pouvoir coercitif comme les juges et les policiers. Cette interdiction est selon lui une discrimination injuste. Dans le même ordre d’idée, Gabriel Nadeau-Dubois juge que le débat sur les signes religieux est superficiel et qu’on devrait plutôt parler de l’intégration des musulmans. « Si on est progressiste, notre première préoccupation, c’est pour la vie des gens. La communauté [musulmane] souffre d’un taux de chômage absolument injuste et scandaleux, il faut s’y attaquer en priorité ». Bien au contraire, permettre aux agents de l’État d’afficher leurs croyances religieuses est un privilège qui n’a pas sa raison d’être et qui doit être interdit le plus rapidement possible pour assurer la paix sociale. Car si les musulmans ont de la difficulté à trouver un emploi, c’est en partie parce que les employeurs ne veulent éviter le problème d’avoir à gérer des accommodements religieux. Il faut qu’on se parle des signes religieux.

Qu’est-ce qu’un hijab?

Pour plusieurs femmes, porter le hijab résulte du choix libre et éclairé de la soumission à Allah. En arabe, le mot « hijab » désigne « ce qui sert à cacher ». La tradition du port du voile est d’origine proche-orientale. Déjà mentionné dans les lois assyriennes vers 1000 av J.-C., le port de ce voile est une « obligation pour les filles pubères d’hommes libres et interdit pour les prostituées ». Dans le Code d’Hammourabi au XVIIIe siècle av. J.-C., la femme libre, contrairement à l’esclave, porte le voile sous peine de sanctions. Un texte assyrien en fait un signe distinctif entre femme honorable et prostituée. Dans la tradition iconographique chrétienne, Marie est toujours représentée avec un voile de couleur bleue alors que Madeleine, la prostituée, est pour sa part toujours représentée tête nue. Au cours de l’Antiquité grecque et romaine, le voile remplit la même fonction de distinction sociale : soustraire la femme honorable de regards concupiscents des hommes. Cela lui permet de rester pure, donc de préserver la valeur qu’elle revêt pour son époux ou son futur époux. Derrière tout cela, il y a bien évidemment l’idée que la femme est la propriété de l’homme, une chair à mari. Paul de Tarse, un des fondateurs du christianisme, est très clair : le voile est « un signe de sujétion » (1Corinthiens, 11, 6-10). C’est l’ultime symbole de la ségrégation sexuelle. Mais comme c’est arrivé à la croix gammée au précédent siècle, le sens des symboles peut changer. Dans le Québec d’aujourd’hui, le hijab, c’est la liberté. S’inférioriser est un choix personnel.

Le sens historique d’un symbole n’est pas un choix personnel

Pour s’opposer à l’interdiction d’un signe religieux niant l’égalité entre les hommes et les femmes comme le voile, certains avancent parfois que puisqu’un signe religieux peut revêtir plusieurs significations et qu’un État laïc et neutre n’a pas pour fonction d’interpréter les signes religieux, le sens que peut avoir un signe religieux ne donne pas à l’État le droit d’interdire les signes religieux.

Il est certes possible que le voile puisse revêtir plusieurs sens. On peut toujours accorder un sens subjectif et personnel à un symbole. Pour certaines, il n’est peut-être que le symbole d’une appartenance à une communauté. Mais si le sens des symboles religieux est polysémique, il faut admettre en même temps que parmi tous les sens qui peuvent émaner du voile, il y a le sens misogyne traditionnel que nous rappelle l’apôtre Paul. C’est le sens traditionnel du voile et nul ne peut le nier. L’histoire du symbole rend son sens misogyne est présent même si ce n’est pas le sens qu’y voit celle qui porte le voile. Le sens originel du voile est , malgré la croyance subjective de celle qui le porte. La polysémie d’un symbole est indépendante de celui qui porte le symbole. Les différents sens du voile peuvent coexister, ils ne se manifestent pas à tous de la même façon, bien qu’ils soient tous réels. Les sens sont tous là en même temps, mais n’apparaissent pas à tous de la même façon. Pourrait-on porter une svatiska indienne en public sans problème en clamant qu’il s’agit d’un symbole de spiritualité hindoue? Bien sûr que non. On voit bien avec cet exemple qu’il est absurde de couper le symbole de son l’histoire. Le sens d’un signe ne vient pas nécessairement de celui qui utilise le signe, la sémantique n’est pas quelque chose de purement subjectif, sinon les signes ne seraient pas des signes. Le relativisme individualiste du sens des symboles est aussi insoutenable que si un étudiant se mettait à défendre son droit de dire qu’un mot selon lui désigne un sens que lui même lui attribue.

Même porté par des féministes libres et parfaitement autonomes dans leur soumission à Allah, le hijab nuit à l’égalité homme femme, tout comme un crucifix dans une école endoctrine. Tolérer que des femmes se voilent cause un tord social à la cause des femmes. Je crois que la présence de signe religieux dans les écoles cause un grand tort social. C’est un porte-étendard de l’islamisme, un rejet de l’héritage des Lumières et une source d’endoctrinement dans les écoles. Une femme qui se voile, même librement, banalise un instrument de ségrégation sexuelle, donc elle fait la promotion du sexisme.

Si l’on refuse à l’État la légitimité d’interpréter le sens de symboles potentiellement misogynes ou haineux, alors que l’État les interdise tous, par principe de précaution. Dans une société démocratique, la religion devrait être une affaire d’adultes vécues de façon strictement privée. La relégation du religieux dans la sphère privée est un cas de restriction raisonnable de la liberté.

Nous posons comme principe que dans un État neutre, les agents de l’État doivent apparaître neutres. Porter un symbole religieux, ce n’est pas être neutre sur le plan de la religion, et que par principe, un agent de l’État doit être neutre. L’autorisation d’afficher ses convictions religieuses dans les institutions publiques privilégie les religions qui recherchent de la visibilité. L’interdiction supprime ce privilège. Être neutre et équitable implique de traiter tous les citoyens de la même manière. Afficher sa religion, c’est donner le privilège de la visibilité à ses croyances personnelles. Ça n’a pas sa place dans une salle de classe ou au gouvernement. Le but de la laïcité est la paix des religions et des croyances; ses moyens sont la tolérance dans la société et l’abstention dans les institutions d’États (institutions communes). Donner de la visibilité à l’islam est incompatible avec le rôle d’un agent de l’État. Par définition, un agent de l’État neutre doit apparaître neutre. Il doit être un modèle de neutralité.

Protégeons nos enfants

Certains diront qu’afficher ses croyances religieuses est un crime sans victime et qu’il faudrait s’assurer que le hijab cause réellement un tort à des individus avant de l’interdire. La question de savoir si l’interdiction doit être justifiée d’un point de vue déontologique (par principe) ou conséquentialiste (en évaluant les torts causés par le voile) peut se discuter, mais nous devrions tous reconnaître qu’il faut au moins interdire le port du hijab aux personnes qui travaillent en éducation auprès de jeunes mineurs. Car un mineur n’a pas la maturité nécessaire pour comprendre la multiplicité des sens du voile et il a donc là un réel risque d’endoctrinement involontaire. Les élèves risquent de finir par voir le hijab comme un simple bout de tissu, et c’est exactement ça le danger : les enseignantes voilées banalisent une pratique sexiste aux yeux des enfants. L’interdiction des signes religieux dans les écoles et sur tous les agents de l’État s’impose, et le plus tôt sera le mieux pour assurer la paix sociale.

 

Qu’est-ce que la gauche régressive?

D’après Wikipédia, « La gauche régressive est une épithète utilisée pour décrire négativement une partie de la gauche politique accusée de tenir une position contradictoire en tolérant ou en faisant la promotion de principes ou d’idéologies non libérales au nom du multiculturalisme ou le relativisme culturel. L’expression est utilisée de façon péjorative, principalement afin de dénoncer l’attitude de cette partie de la gauche envers l’islamisme. Le terme peut également s’étendre et être utilisé pour décrire d’autres groupes entre lesquels plusieurs caractéristiques s’entrecroisent, comme les Social justice warriors ou une certaine partie de la 3e vague féministe. »

L’expression « gauche régressive » (regressive left) apparaît en 2012, sous la plume de Maajid Nawaz : « [La gauche régressive est] une partie de la gauche qui, au nom du respect de la diversité culturelle, au nom du multiculturalisme, au nom de la rectitude politique, au nom de l’antiracisme, au nom de la lutte contre l’islamophobie, va préférer — c’est presque une réaction autoritaire — taire et empêcher le débat, plutôt qu’offenser les communautés de minorités ethniques. […] Je parle de cette partie de la gauche, que j’appelle la gauche régressive, qui, souvent au nom de l’antiracisme, de la tolérance culturelle et de la diversité, a décidé de se faire les bigots du faible standard, a décidé de ne pas seulement tolérer, mais soutenir, au nom de la diversité culturelle, toutes les formes de fanatismes des minorités culturelles et de passer sous silence ceux qui sont minoritaires au sein même de ces minorités : les ex-musulmans, les féministes musulmanes, les musulmans libéraux, les groupes minoritaires comme la communauté Ak Mudia. Il y a plein de minorités à l’intérieur de la minorité musulmane qui tentent de s’opposer au discours dominant, mais la gauche régressive dit aux musulmans quoi penser et si vous ne dites pas ce que la gauche régressive dit aux musulmans de dire, vous êtes ou islamophobe ou raciste. » (Traduction de François Doyon).

Toujours selon Nawas, la gauche régressive se caractérise par « un racisme de faible standard : ne pas s’indigner qu’une personne à peau brune exprime de la misogynie, du chauvinisme, de la bigoterie ou de l’antisémitisme, mais exiger qu’une personne à la peau blanche soit à la hauteur des valeurs démocratiques libérales. Les véritables victimes de ce double standard sont les minorités culturelles elles-mêmes, car cela limite leur horizon. Nous rabaissons leur potentiel et les attentes qu’elles pourraient avoir envers elles-mêmes. Nous les jugeons comme des personnes dont la culture est intrinsèquement moins civilisée et, bien sûr, nous tolérons la bigoterie à l’intérieur de ces communautés. Les premières victimes de cette bigoterie sont les plus démunis de ces communautés. » (Traduction de François Doyon).

Autrement dit, la gauche régressive est la gauche d’une droite rétrograde. La gauche « véritable », quant à elle, est contre l’idée que les droits des Occidentaux s’arrêtent là où commence la sensibilité des minorités. Elle s’oppose à la censure de la critique de l’islam. Elle est contre les accommodements religieux. La gauche progressiste reconnaît que critiquer et se moquer des religions est une façon tout à fait légitime d’exercer sa liberté de conscience.

Les 2 plus grands mensonges du socialisme

Il est difficile de savoir si l’on connaît ou pas.
– ARISTOTE

À moins de ressembler à Patrick Bateman dans American Psycho, nous avons tous des intuitions morales anticapitalistes. C’est un système qui augmente peut-être le niveau de vie des gens, mais au prix de l’exploitation de certaines classes de travailleurs. Le capitalisme crée aussi un très grand écart entre la répartition des revenus, ce qui crée un sentiment d’injustice tout à fait légitime. Les travailleurs exploités dans les usines des grandes entreprises installées dans les pays en voie de développement ont peut-être des conditions de vie supérieures à celles de nos ancêtres de l’époque médiévale, mais le fait qu’elles soient tout de même aussi exploitées pour fabriquer nos vêtements et ces hochets électroniques que sont les téléphones intelligents a quelque chose de profondément révoltant.

Faut-il remplacer le capitalisme par un autre système ou serait-il préférable de l’améliorer? Des penseurs sous l’influence de Marx croient que le capitalisme est condamné à disparaître et être remplacé par un système où la misère et la pauvreté seront définitivement abolies par une redistribution à peu près égale des revenus. Pour Joseph Heath, professeur de philosophie à l’Université de Toronto, il faut connaître suffisamment la science économique avant de porter un jugement si radical sur le capitalisme. « [J]e suis d’avis que les détracteurs du capitalisme ne se sont pas donné la peine de maîtriser suffisamment leur sujet. Marx comprenait à fond la situation économique de son époque. Pourtant, en partie à cause de son influence même, sans doute, très peu de théoriciens de gauche ou “radicaux” peuvent en dire autant1. »

Dans Sale argent2, après avoir critiqué six sophismes de la droite, Heath critique six sophismes de la gauche. Je vais vous présenter dans ce qui suit sa critique de deux d’entre eux que j’ai choisis parce qu’ils sont devenus dans le discours anticapitaliste actuel des dogmes qui empêchent le développement et l’application de solutions efficaces aux problèmes soulevés par le capitalisme.

Le dogme de la destruction du capitalisme

Une des idées préférées de la gauche est que le capitalisme est pris avec des contradictions internes qui mènent à son anéantissement. Marx disait, en s’inspirant de la métaphysique de l’histoire de Hegel, que le capitalisme renfermait des contradictions internes qui allaient inévitablement déclencher une crise révolutionnaire menant à la fin de l’histoire, un retour au « paradis terrestre » d’une société sans classe. D’après Marx, les récessions sont causées par la surproduction de marchandises qui, périodiquement, s’accumulent pour faire tomber l’économie au point mort jusqu’à ce que le surplus de stock soit éliminé.

Heath explique que ce n’est pas la surproduction qui cause les récessions économiques, c’est l’augmentation de la demande pour l’argent. Lorsque les consommateurs préfèrent épargner plutôt que de consommer, il s’ensuit une augmentation de l’offre en biens qui produit une apparence de surproduction. Depuis 1980, on contrôle mieux les épisodes de récession par de simples politiques monétaires sur les taux d’intérêt : en abaissant le loyer de l’argent, on incite les gens à vouloir consommer plutôt qu’à épargner, ce qui assure le maintien de la demande en marchandises3 et de la main-d’œuvre qui la produit. L’État assure aussi le fonctionnement du marché, par l’assurance dépôt4. Dans le cas de la récente crise financière, les gouvernements qui ont appliqué une politique d’austérité s’en sont plus mal sortis que ceux qui ont appliqué les principes keynésiens d’intervention de l’État en cas de crise. Le capitalisme n’existe pas sans un État pour assurer son fonctionnement. Le gouvernement doit intervenir pour aider le marché à sortir des récessions et des crises économiques. Cependant, les épisodes de décroissance ne remettent pas en cause son existence.

Puisque le capitalisme survit aux récessions, de plus en plus de socialistes se tournent vers la crise des changements climatiques pour trouver la « contradiction interne » tant recherchée5 qui fera tomber le capitalisme. Ces gens-là se trompent, car la crise écologique n’est pas du tout une contradiction interne du capitalisme. La crise écologique est causée par la consommation des ressources naturelles, que le système de production soit capitaliste ou socialiste n’y change rien. On peut imaginer un système économique socialiste fonctionnant, par exemple, sur des échanges entre coopératives, qui détruirait tout autant l’environnement et qui brûlerait autant de pétrole. Le réchauffement climatique est causé par les émissions de gaz carbonique dans l’atmosphère, il n’est pas produit par les profits sur du capital accumulé ou les inégalités sociales. Ce n’est pas la propriété privée des moyens de production qui cause la pollution, ce sont les moyens de production, peu importe que leur possession soit privée ou collective. Sous un régime socialiste, nous allons devoir produire au moins autant de nourriture pour faire vivre toute la population mondiale, et si la population s’accroît, nous allons devoir en produire davantage.

De plus le libre marché nous offre des solutions efficaces (même si elles froissent notre sensibilité morale) aux problèmes écologiques. Par exemple, dans le cas des changements climatiques, une simple taxe au carbone pourrait réorienter l’économie vers des énergies vertes en rendant l’exploitation et l’utilisation des combustibles fossiles peu rentables. C’est probablement sous un régime capitaliste que la crise écologique sera surmontée. Instaurer une taxe du carbone va davantage améliorer le sort de l’humanité qu’attendre l’effondrement du capitalisme, car la crise écologique va rendre la planète inhabitable bien avant la révolution socialiste.

Le dogme de la redistribution des richesses comme solution à la pauvreté

Dans la plupart des démocraties industrielles, les écarts de richesses sont de plus en plus intolérables. L’inégalité dans la redistribution du revenu est considérée par la gauche comme la cause de la pauvreté. Le système capitaliste serait lui-même la cause de cette inégalité matérielle. La redistribution des revenus (un revenu minimum garanti, par exemple) sous un régime socialiste permettrait selon les sympathisants de la gauche de régler la majorité des problèmes liés à la pauvreté.

Et si le capitalisme n’était pas la principale cause de la pauvreté? Selon Heath, c’est une erreur que de croire que la pauvreté est principalement causée par le manque d’argent. Cette erreur incite à surestimer le pouvoir de la redistribution directe d’argent comme moyen d’améliorer le niveau de vie des pauvres. « Les pauvres ne souffrent pas que du manque d’argent; ils ont aussi tendance à très mal dépenser le peu d’argent qu’ils ont6. » La gauche « sombre facilement dans le sophisme qui consiste à croire que la pauvreté s’explique d’elle-même, que le seul problème des pauvres est le manque d’argent. Si c’était le cas, nous tiendrions sûrement la solution [le revenu minimum garanti]. En réalité, la pauvreté tend à être le symptôme, plutôt que la cause, d’un ensemble de problèmes plus profonds7. »

La pauvreté est parfois causée par des circonstances incontrôlables (pensons par exemple à une mère de jeunes enfants qui vient de se faire abandonner par sa conjointe ou son conjoint). Mais la pauvreté peut aussi être en partie causée par des problèmes de comportement, l’incapacité d’attendre avant de faire un achat. Les économistes représentent l’impatience des gens par la fonction d’actualisation. Cela représente la tendance à préférer la satisfaction présente à la satisfaction future, à vouloir le bonheur immédiatement plutôt que plus tard. Plus une personne préfère la satisfaction présente à la satisfaction future, plus son actualisation est élevée. Une grande difficulté à remettre à plus tard une satisfaction prédispose à devenir pauvre. Il importe ici d’être extrêmement clair : ce ne sont pas tous les pauvres qui ont tendance à dépenser leur argent de façon impulsive, mais avoir tendance à dépenser impulsivement peut conduire à la pauvreté. Le gouvernement du Québec tire profit de cette réalité en installant davantage de machines de vidéopoker dans les quartiers défavorisés.

Comment lutter contre la pauvreté? La solution de la droite est une approche punitive. Il faut moins aider les pauvres, il faut les responsabiliser. C’est une très mauvaise stratégie : les plus pauvres répondent déjà très mal aux incitatifs, leur rendre la vie plus difficile va donc seulement créer plus de souffrances inutilement.

La solution de la gauche consiste à donner de l’argent et de l’éducation. Après tout, si les pauvres manquent d’argent, on a juste à leur en donner. Dans certains cas (comme pour une famille monoparentale), ça peut être une bonne solution. Mais lorsque c’est un problème d’actualisation, c’est une mauvaise idée. L’éducation n’est pas non plus la solution, car les gens qui sont pauvres en raison d’un problème d’actualisation hyperbolique ne sont pas prêts à tolérer des privations à court terme pour se procurer des avantages à long terme. Aller à l’école correspond précisément au genre de privations qu’ils ne sont pas disposés à accepter. Lorsque la gauche propose l’éducation comme solution aux problèmes de la pauvreté, elle présuppose que le problème de l’actualisation hyperbolique a déjà été réglé.

La solution de Heath consiste à faire coïncider les incitatifs à long terme avec les incitatifs à court terme. Il faut, autrement dit, aborder le problème de la pauvreté sous l’angle de la motivation. Les personnes qui souffrent d’actualisation hyperbolique ne réagissent qu’aux incitatifs immédiats. Il est donc inutile, comme le voudraient les gens de droite, de tenter de changer leur comportement avec des menaces à long terme. « Les personnes qui ont une fonction d’actualisation très exagérée ont d’abord et avant tout besoin d’une restructuration des incitations, laquelle les aidera à mieux se maîtriser8. » Heath donne l’exemple du programme Bolsa Familia au Brésil, un programme où seuls les parents qui pouvaient prouver que leurs enfants fréquentent l’école avec assiduité, reçoivent les vaccins recommandés et sont suivis par un médecin avaient droit à leur chèque mensuel d’aide sociale.

Conclusion

Nous avons vu pourquoi le capitalisme n’est pas prêt de disparaître et que la redistribution de la richesse n’éliminera pas la pauvreté. Heath nous fait prendre conscience que les phénomènes économiques constituent un système global d’une extraordinaire complexité. Il faut être capable de prendre suffisamment de recul et le considérer dans sa totalité pour évaluer de façon rigoureuse les effets des politiques économiques. À défaut de bien saisir le fonctionnement réel du système économique dans lequel nous vivons, ce que l’on croit être une mesure bénéfique peut souvent conduire au contraire de l’effet recherché. Les sympathisants de la gauche qui ne connaissent pas suffisamment les rouages de l’économie ne défendent pas des solutions réelles, mais plutôt une idéologie particulière. Réciproquement, ils ne critiquent pas tant le capitalisme réel qu’une vision marxiste du capitalisme. Une vision erronée sur plusieurs aspects importants. Si l’on veut améliorer le sort des moins nantis, si l’on veut changer le monde, il faut d’abord le comprendre tel qu’il est et l’interpréter correctement.

NOTES

1.Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 15.

2.Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009.

3.À long terme, cependant, cela peut créer d’autres problèmes, d’autant plus que les effets de l’endettement et des intérêts ne sont pas encore bien compris par les théories économiques.

4.Assurance dépôt : Le gouvernement assure tous les comptes en banque de moins de 100 000 $ ce qui protège le système bancaire d’une ruée vers les banques lorsque tous les épargnants réclament leur argent en même temps.

5.On pense notamment à Naomie Klein dans This Changes Everything ou à Éric Martin, lors de son débat avec Richard Colette.

6. Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 316.

7.Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 319.

8. Joseph HEATH, Sale Argent, Montréal, Éditions Logiques, 2009, p. 332.

940846_1693048457619192_2096608254753635437_n

Hans-Georg Gadamer et le racisme

Avec la publication des Schwarze Hefte, le journal personnel de Martin Heidegger, la question du nazisme de l’auteur de Sein und Zeit revient hanter ses évêques. Il se pourrait que Heidegger : le sol, la communauté, la race, ouvrage collectif publié sous la direction d’Emmanuel Faye, en plus de planter les derniers clous qui manquent au cercueil du penseur de l’être, fournisse aussi des clous pour sceller le cercueil de l’un de ses principaux disciples, Hans-Georg Gadamer. Comme on peut l’apprendre en lisant la biographie que lui consacre Jean Grondin, Gadamer a beaucoup contribué à la réhabilitation de Heidegger après la guerre. Il ne faut peut-être pas lui reprocher sa fidélité à son maître, mais nous sommes étonné d’apprendre que Gadamer, à la fin de sa vie, n’avait aucun problème à admettre l’existence de bons théoriciens de la race et à affirmer que les différentes aires culturelles ont des fondements raciaux.

On peut lire dans Heidegger : le sol, la communauté, la race un texte de Robert Norton (« Gadamer et le cercle de Stephan George ») qui porte sur la recension élogieuse du livre de Kurt Hildebrandt, Platon : le combat de l’esprit pour le pouvoir (1933), que Gadamer écrivit en 1935. C’est « un correctif salutaire à la biographie apologétique de Gadamer par Jean Grondin[1] ». Hildebrandt était un médecin eugéniste, membre du cercle du poète Stephan George. Dans son livre Norme et dégénérescence de l’homme, il écrit : « Le moyen le plus efficace pour une amélioration par l’élevage et pour l’hygiène raciale est la sélection[2]. »; « Les “droits de l’homme” ne sont pas acquis avec la naissance, mais par la complétude biologique. L’humanité envers les dégénérés est un cadeau, pas un droit[3]. »

Dans son livre sur Platon, Hildebrandt présente l’élève de Socrate comme étant l’auteur véritable et le modèle de son eugénisme : « Que Platon soit le fondateur de la [théorie] eugénique, les représentants du mouvement hygiénico-racial en Allemagne l’ont déjà souligné. Dans Norme et dégénérescence de l’homme et dans État et race, j’ai mis en évidence Platon comme modèle pour la production corporelle et intellectuelle, l’élevage eugénique et l’État intellectuel[4]. »

Gadamer, dans sa recension de ce livre, souligne que « L’œuvre de Platon n’a jamais été vue d’une manière aussi immédiatement politique […] que dans cette interprétation[5]. » Gadamer insiste sur le fait que Hildebrandt ne parle pas de politique en un sens métaphorique ou purement intellectuel, mais comme exercice d’un pouvoir étatique réel. Gadamer souhaite au livre une réception favorable par-delà les limites disciplinaires, et il le recommande à un large lectorat : « L’œuvre de Hildebrandt sur Platon ne devrait pas être prise en considération par la seule recherche scientifique sur Platon[6]. » Gadamer n’a pas un seul mot d’approbation ou de désapprobation des fondements racistes et hygiénistes de ce livre dont il recommande la lecture. La politisation radicale de Platon était une tendance généralisée autour de 1933 et elle connut avec Hildebrandt son plus haut degré. Pour Gadamer, cela était une excellente chose.

En 1989, Gadamer confirme dans une entrevue avec Dörte von Westernhagen son appréciation positive de Hildebrandt : « c’était un homme très éduqué; dans les années 1920, il a écrit un livre très intéressant sur “Norme et dégénérescence”, que l’on pourrait encore lire aujourd’hui[7]. » Un peu plus tard dans l’entrevue Gadamer affirme que les « intérêts théorético-raciaux » du nazi Oskar Becker sont « absolument légitimes » : « Bien entendu, Becker était un théoricien des races, mais un très bon, de même que son ami Ferdinand Clauß. Le livre Race et âme de Clauß date de l’année 1923, il n’y avait alors pas de nazis[8]. » Ludwig Ferdinand Clauß est aujourd’hui considéré comme un des deux principaux auteurs de la raciologie national-socialiste, avec H. K Günther avec qui il a fondé le journal Rasse en 1934.

Gadamer continua sur sa lancée : « Pourquoi devrait-on, en tant qu’homme qui pense, ne pas avoir compris ce que nous aussi entre-temps nous commençons aussi peut-être à comprendre : ce que c’est que les Arabes, les Indiens, l’Islam, la Chine, le Tibet. Tout cela, on ne peut pourtant pas le comprendre avec nos concepts européens. Est-ce que ce n’est pas un problème philosophique[9]? » Gadamer va conclure en affirmant que les différentes aires culturelles ont des « fondements raciaux[10] ».

Notes

[1] Emmanuel Faye (dir.), Heidegger : le sol, la communauté, la race, Paris Beauchesne, collection « Le Grenier à sel », 2014, p. 19. « Le biographe ne fait nulle concession sur les faits. Mais il a une tendance à l’exonération dans ses commentaires où il multiplie les “cela l’honore” dès lors qu’il peut déceler une once d’écart par rapport au conformisme version IIIe Reich. Jean Grondin force ainsi son récit jusqu’à dépeindre Gadamer en quasi-dissident. Tel qu’il le décrit, cet itinéraire est plutôt celui d’un attentiste qui a profité de l’appel d’air constitué par le renvoi de ses nombreux “amis juifs” chassés de l’université. Une telle présentation fait peu de cas du principe de la responsabilité intellectuelle et de l’exemple déplorable que donne l’image d’une carrière de philosophe se poursuivant tranquillement dans de telles conditions. » (Nicolas Weill, « « Hans-Georg Gadamer. Une biographie”, de Jean Grondin : le philosophe ou l’art de la survie », Le Monde, 13 janvier 2011.)

[2] Kurt Hildebrandt, Norm und Entartung des Menschen, p. 256.

[3] Kurt Hildebrandt, Norm und Entartung des Menschen, p. 268.

[4] Kurt Hildebrandt, Platon. Der Kampf des Geistes um die Macht, Berlin, Georg Bondi, 1933, p. 395 sq.

[5] Hans-Georg Gadamer, « Rezension von Kurt Hildebrandt : Platon. Der Kampf des Geistes um die macht ». Berlin, 1933, GW 5 : 331-338, p. 332.

[6] Hans-Georg Gadamer, « Rezension von Kurt Hildebrandt : Platon. Der Kampf des Geistes um die macht ». Berlin, 1933, GW 5 : 331-338,  p. 331.

[7] Das Argument. Zeitschrift für Philosophie und sozialwissenschaften, no 182, 32, Jahrgang, Heft 4, Juli/August 1990 : 543-555, p. 544.

[8] Das Argument. Zeitschrift für Philosophie und sozialwissenschaften, no 182, 32, Jahrgang, Heft 4, Juli/August 1990 : 543-555, p. 546.

[9] Das Argument. Zeitschrift für Philosophie und sozialwissenschaften, no 182, 32, Jahrgang, Heft 4, Juli/August 1990 : 543-555, p. 546.

[10] Das Argument. Zeitschrift für Philosophie und sozialwissenschaften, no 182, 32, Jahrgang, Heft 4, Juli/August 1990 : 543-555, p. 546.

Gadamer1