La seule bonne raison d’acheter bio

Saviez-vous qu’il y a des gens qui préfèrent ne pas manger de fruits et légumes s’ils ne peuvent pas se payer des produits bio?

Il faut détruire les mythes à la base de ce comportement. Acheter bio bio ne sert pas à grand-chose pour le consommateur. C’est surtout pour le producteur et son environnement que cela peut avoir de l’importance. Car manipuler des pesticides, synthétiques ou non, c’est très dangereux. 

Bio ne veut pas dire sans pesticides

Les agriculteurs biologiques peuvent utiliser certains pesticides s’ils sont d’origine non synthétique. La pyréthrine, un extrait de fleur de chrysanthème toxique (Tanacetum cinerariifolium), est un produit autorisé en agriculture biologique, mais tout de même dangereux : « La substance est très toxique pour les organismes aquatiques. La substance peut être dangereuse pour l’environnement; une attention particulière doit être accordée aux abeilles. »

Aux États-Unis, l’Environmental Protection Agency aux États-Unis classe la pyréthrine parmi les cancérogènes probables chez l’homme. La roténone est un autre insecticide biologique tellement toxique pour les êtres humains que son usage a été interdit en agriculture biologique. (En France, les producteurs bio ont obtenu des dérogations afin de maintenir son usage notamment sur les pommes, les poires, les pêches, la vigne et les pommes de terre.) Ce composé est un extrait de la racine du derris (Paraderris elliptica). La roténone cause la maladie de Parkinson chez le rat.

Les résidus des pesticides biologiques présentent probablement peu de risques pour les humains, mais les pesticides de synthèse avec le même genre de profil toxicologique sont vilipendés par les partisans de l’agriculture biologique.

La pyréthrine et la roténone se dégradent rapidement et que ses résidus sont négligeables, mais, comme le dit Joe Schwarcz, professeur de chimie à l’Université McGill, c’est le cas pour la plupart des pesticides synthétiques modernes.

Peu d’avantages significatifs pour la santé du consommateur

Il n’existe pratiquement aucune étude scientifique sérieuse prouvant que le bio est significativement meilleur pour la santé du consommateur. Il n’y a pas de complot organisé par l’industrie pétrochimique.

Une méta-analyse de plus de 150 études, publiée en Allemagne en 1997, a montré qu’il n’y a pas de différence significative entre la valeur nutritionnelle des aliments bio et ceux issus de l’agriculture conventionnelle. 

En 2003, l’Agence française de sécurité sanitaire a produit une méta-analyse en compilant des milliers de références provenant du monde entier. Conclusion : il y a très peu de différences entre les produits issus de l’agriculture conventionnelle et ceux de l’agriculture biologique. Il y a un peu moins d’eau dans les légumes et les fruits bio, un peu moins de nitrates en raison de l’utilisation restreinte de produits synthétiques, quoique certains engrais naturels autorisés contiennent beaucoup de nitrates. Il y a un peu moins de pesticides aussi, bien que le cuivre de la bouillie bordelaise, un pesticide autorisé pour culture biologique de la vigne, puisse être toxique pour l’humain à partir d’une certaine concentration (culture biologique ne veut pas dire culture sans pesticides!). En revanche, il y a une différence significative de la quantité de polyphénols.

« En l’état actuel des connaissances et devant la variabilité des résultats des études examinées, il ne peut être conclu à l’existence de différence remarquable, au regard des apports de référence disponibles (ANC), des teneurs en nutriments entre les aliments issus de l’agriculture biologique et ceux issus de l’agriculture conventionnelle. Concernant les polyphénols, les études montrent un potentiel intéressant de l’agriculture biologique à prendre en compte dans le cadre de réflexions plus générales sur cette catégorie de microconstituants. »

Une étude de 2014 montre effectivement une plus grande présence de polyphénols et une moindre quantité de cadmium et de pesticides dans les produits bio (c’est l’étude qui est souvent citée par les partisans du bio). Cela dit, il a été prouvé que ces variations n’ont aucun effet mesurable sur la santé des consommateurs.

Une méta-analyse de 2012 publiés par des chercheurs de l’université de Stanford confirme celle de 1997 : « The published literature lacks strong evidence that organic foods are significantly more nutritious than conventional foods. »

Depuis 1997, au moins trois méta-analyses montrent que les aliments bio ne sont pas significativement meilleurs pour la santé. C’est énorme. Il y a bien sûr des études isolées qui soutiennent la conclusion inverse et c’est normal. En science, les consensus absolument parfaits sont rares.

L’important, pour la santé, est de manger suffisamment de fruits et de légumes, qu’ils soient bio ou non. En effet, ce ne sont pas les produits biologiques en tant que tels qui exercent une influence significative sur la santé des consommateurs, mais des facteurs associés comme avoir une alimentation plus variée et plus riche en fruits et légumes que la moyenne des gens. Les consommateurs de produits biologiques mangent généralement mieux que la moyenne des gens et font plus d’exercice. Il est donc très difficile de déterminer si leur état de santé est causé par la consommation de produits biologiques ou par l’ensemble de leurs saines habitudes de vie. Il est prouvé que l’équilibre alimentaire favorise la santé, mais rien à ce jour ne prouve que les produits biologiques soient significativement meilleurs pour la santé.

Il faut avoir de bonnes habitudes de vie, que l’on consomme des produits bio ou non. Consommer des produits bio n’est pas forcément bon pour la santé. Mieux vaut manger une grande quantité de tomates cultivées avec des produits synthétiques que de manger des frites bio ou fumer du tabac bio (ce tabac est cependant meilleur l’environnement et pour la santé du producteur, qui n’a pas à manipuler de pesticides de synthèse).

Le goût n’est pas influencé par l’absence de produits synthétiques

C’est la variété utilisée et le moment de la récolte qui influencent de façon clairement perceptible le goût des fruits et légumes biologiques. En agriculture conventionnelle, on préfère souvent des variétés qui résistent au transport et à l’entreposage, souvent au détriment du goût.

Le goût de la viande bio n’a rien à voir avec la non-utilisation de produits synthétiques. Donnez du grain non bio à un poulet et il va goûter la même chose qu’un poulet bio, car les poulets bio sont nourris au grain.

L’étiquetage « bio » est avant tout une stratégie de marketing. Il est cependant raisonnable d’acheter des produits bio si on se préoccupe de la santé des agriculteurs, si notre situation financière le permet.

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Auteurs de manuels scolaires, soyez plus rigoureux!

Jean-Claude St-Onge fait partie des quelques trop rares professeurs de philosophie au collégial à oser mettre leurs idées de l’avant. Il se démarque par des idées progressistes et sa critique sociale. Il a publié aux Éditions Écosociété et semble partager leurs valeurs. Son écriture est beaucoup plus intéressante que d’autres « spécialistes » du manuel scolaire. Malheureusement, on ne peut pas dire que son manuel La condition humaine[1] soit un exemple de rigueur.

En 2013, j’avais publié une critique de La condition humaine où je mentionnais que St-Onge avait utilisé une fausse citation de Dawkins et j’avais proposé une traduction qui me semblait plus juste de la phrase de la préface de The selfish gene qui est utilisée dans la première partie de la citation apocryphe de St-Onge[2].

En effet, dans la quatrième édition de son manuel, St-Onge place cette citation de Dawkins en exergue au chapitre intitulé « Le déterminisme : sommes-nous programmés? » qui porte sur le déterminisme génétique :

Nous sommes des « robots aveugles » contenant des gènes qui nous contrôlent corps et esprit.

J’aurai dû dire une citation qu’il attribue à Dawkins, car Dawkins n’est pas un déterministe génétique :

il est faux – et par ailleurs il s’agit d’une erreur très répandue – de supposer que les traits génétiquement hérités soient par définition fixes et impossibles à changer. Nos gènes peuvent nous apprendre à être égoïstes, mais nous ne sommes pas obligés de leur obéir toute notre vie. Il se peut seulement que l’altruisme nous soit plus difficile à apprendre que si nous étions génétiquement programmés à avoir un tel comportement. De tous les animaux,  seul l’homme est dominé par la culture, les influences qu’il a subies et apprises[3].

Dawkins n’a jamais écrit que les gènes nous contrôlent corps et esprit. La citation placée en exergue est une fabrication. Elle reprend l’idée que nous sommes des robots programmés à l’aveuglette que l’on retrouve dans la préface à l’édition de 1976 de The Selfish Gene :

We are survival machines — robot vehicles blindly programmed to preserve the selfish molecules known as genes.

L’idée que nos gènes nous contrôlent corps et esprit vient d’une fausse traduction que l’on retrouve, par exemple, dans Not in Our Genes de Rose, Kamin et Lewontin (p. 287) :

[Ils] nous contrôlent, corps et âme.

Dawkins n’a pas écrit que les gènes nous contrôlent, il a écrit (The Selfish Gene, chapitre 2) que les gènes nous ont créés :

They are in you and me; they created us, body and mind; and their preservation is the ultimate rationale for our existence.

Dawkins déplore lui-même le contre-sens dans une note de la seconde édition de son ouvrage :

Dans le contexte de ce chapitre, je pense que ce que je voulais dire par «créé» est évident et que c’était très différent de «contrôlent». N’importe qui peut voir facilement que les gènes ne contrôlent pas leurs créations au sens fort du «déterminisme» objet de la critique. Nous les défions sans effort (enfin, presque) chaque fois que nous utilisons la contraception[4].

St-Onge a donc mélangé deux extraits de Dawkins, dont un mal traduit, pour fabriquer un exergue qui fait passer Dawkins pour un déterministe génétique enragé.

Lorsque j’ai publié ma critique en 2013, m’a accusé d’exagérer et d’être de mauvaise foi. On m’a dit que j’ai des exigences de rigueur trop élevées pour un manuel destiné à l’enseignement collégial. Dans la cinquième édition du manuel, publié en 2015, St-Onge (ou l’éditeur) a remplacé la citation apocryphe par la traduction que j’avais proposée dans mon article.

Morale de l’histoire : ne jamais citer les citations d’un autre sans aller vérifier son exactitude dans l’œuvre originale.

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[1] Jean-Claude St-Onge, La condition humaine. Quelques conceptions de l’être humain, 4e édition, Gaëtan Morin éditeur, Montréal, 2011.

[2] François Doyon, « L’auteur d’un manuel scolaire falsifie des citations pour présenter Richard Dawkins comme un misogyne », https://www.ababord.org/L-auteur-d-un-manuel-scolaire

[3] Richard Dawkins, Le gène égoïste, Paris, Odile Jacob, 2003, p. 40.

[4] Richard Dawkins, Le gène égoïste, Paris, Odile Jacob, 2003, p. 361-362.